L'accouplement fiévreux entre black metal et musique progressive pourra paraître bien improbable à certains, les deux genres se positionnant chacun à un bout du spectre sonore. Pourtant, on ne compte plus les groupes qui tentent dans la froideur de la nuit de faire se chevaucher ces deux corps.
Que Krallice soit de ceux-là n'étonne pas car avec des membres essentiellement issus des sphères du metal progressif extrême (Gorguts, Astromatous) ou pas (Dysrhythmia) ou du drone (Byla), on se doute bien alors que lorsque de tels musiciens décident de frotter leur membre d'une insolente vigueur technique à l'art noir, ce ne sera pas pour faire dans du Darkthrone !
Néanmoins n'allez surtout pas croire que les Américains font dans le point de croix, dans la dentelle. Certes, ca joue bien, ça bave de partout avec moultes breaks et cassures, mais on peut respecter les Tables de la loi du genre sans être inféodé à celles-ci. Et je pousse au défi quiconque prétendrait que Dimensional Bleedthrough, seconde offrande des Ricains n'est pas un concentré d'intensité brutale ! On pense même à Burzum à travers les sécrétions désespérées libérées par l'instrumental anonyme qui précède la dementielle conclusion de l'album.
Reposant sur des titres très longs (exception faite de la saillie sans vaseline "The Mountain", qui déchire l'hymen en quelques coups de boutoir sauvages) en forme de labyrinthe (le dernier voisine même avec les 20 minutes au compteur !) à l'architecture complexe riche en polyrythmie, ce pavé massif est du fait difficile à appréhender. Son extrême densité, la sévérité de ses contours rendent l'édifice très chargés. Trop argeront les mauvaises langues ou quelques ayatollahs.
Ces compositions sont comme des blocs imprenables aux multiples couches ("Monolith Of Possession"). L'entame est souvent longue ("Dimensional Bleedthrough", "Aridity") et les ramifications, nombeuses. Toutefois, le chant, comme biberonné au destop, honore les canons de cette chapelle impie, même s'il se voit souvent phagocyté par les autres instruments cependant que les guitares, furieuses et abrasives ("Intraum"), sont coulées dans une macération mélancolique épaisse qui confère à l'ensemble une beauté grise et déchirante. Ecoutez les riffs qui fissurent le titre éponyme ou l'écrasant "Autochton" pour vous convaincre de la tritresse minérale qui ruissèle de leurs courbes viscérales.
On pourra juger Dimensional Bleedthrough trop longs (pas loin de 80 minutes), usant sur la durée, le groupe donnant l'impression de vouloir remplir jusqu'à la gueule ses compos et estimer que le black metal, ce n'est ça. Peut-être bien. Mais, aussi généreuse que monstrueuse, la matière que grave dans la pierre Krallice possède une tension hallucinante. Terrassant et gigantesque.
Il y a ving tans, on parlait de techno death. Et si les Américains venaient d'inventer le techno black ? Dans tous les cas, on tient avec cet album, en tout point supérieur à son aîné d'un an seulement, une pièce maîtresse d'un art noir évolutif mais néanmoins pétrifié d'ondes noires. (cT)
TRACKLISTING
- Dimensional Bleedthrough 11:10
- Autocthon 09:29
- Aridity 14:51
- The Mountain 03:13
- Intraum 11:36
- Untitled 08:08
- Monolith of Possession 18:43




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