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LA CAVE DE CHILDERIC THOR : EMPTY - The Last Breath of My Mortal Despair (2005)

De Tenebrarum Principio - 6.5/10

Une bonne surprise. Qui l’est d’autant plus que, en toute honnêteté, on n’attendais pas forcément grand chose de cette modeste horde espagnole dont My Last Breath Of My Mortal Despair est le second prêche impie longue durée, originellement vomi en 2005 et auquel un nouveau label (De Tenebrarum Principio) offre une seconde vie. Bien lui en a prit car cet opus méritait effectivement de s’extraire de l’ornière de la confidentialité dans laquelle il végétait depuis.

Si elle ne convient pas à d’autres chapelles métalliques (comme le metal progressif par exemple) qui se marient assez mal avec l’artisanat, la petite série B trouve en revanche dans le black metal un terreau parfait pour y croître et se reproduire. Trimbalant fièrement tous les clichés que le genre traîne comme une casserole, aussi bien dans la forme (faces de gargouille peinturlurées avec du maquillage acheté à Carrefour, visuel sinistre…) que dans le fond (la solitude, la haine, de désespoir…), Empty réussit pourtant, sans le dépasser – mais sans doute n’est-ce pas son souci – à injecter un peu de sang frais au genre.

Ni surproduit ni victime du syndrome “ je chie un étron sonore au fond de ma cave éclairée à la chandelle pour faire evil ”, My Last Breath Of My Mortal Despair répand avec largesse une négativité qu’exsudent des complaintes qui ne sombrent pourtant jamais dans la mortuaire agonie lancinante et répétitive que tant de misanthropes des caniveaux se sentent obliger de régurgiter jusqu’à l’écœurement. Mais n’est pas Burzum qui veut. Empty l’a compris, lui qui préfère égrener son mal être par le biais de longues plages jamais monolithiques, forgées autour de venimeuses guitares grésillantes et hurlantes (“ The Last Breath Of My Mortal Despair ”) mais dont la vélocité agressive contraste avec les espaces plus atmosphériques que les musiciens prennent soin d’ouvrir en leur sein et qu’ils enrichissent par un travail au niveau du chant des plus intéressants.

Qui plus est, les Espagnols maîtrisent l’art de l’accroche qui vous vrille le cerveau en moins de temps qu’il en faut pour faire jouir une femme en pratiquant un adroit cunilingus : “ The Horrible Drawing Black Of The Veil ”, “ The Spectral Paleness Of The Skin ”, “ Mortuary Tune Of The Prisonner’s Anguish ” et surtout le suicidaire “ Owner Of Wailings ”, émanations noires et décadentes, en témoignent. My Last Breath Of My Mortal Despair se veut la peinture de la décrépitude mortifère et terminale d’un monde peu à peu grignoté par les ténèbres.

Alors, de la série B certes mais cela n’enlève rien à son charme underground, charme dont le true black aime tant se repaître. C’est du reste, son principal atout. On attend donc désormais de pied ferme (et fourchu), un véritable nouveau méfait d’Empty, groupe prometteur s’il en est.  (cT2008)

TRACKLISTING
  1. The Horrible Drawing Back Of The Veil 07:17
  2. A Source Of Hollow Essence 02:08
  3. The Spectral Paleness Of The Skin 08:21
  4. The Last Breath Of My Mortal Despair 09:01
  5. Mortuary Tune Of The Prisioner´s Anguish 04:51
  6. Manifest Of Endless Sorrow In Sanity 06:25
  7. Owner Of Wailings 06:18
TOTAL RUNNING TIME 44:23




LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ARTEFACTUM - Chaos Elements (2005)

Athanor - 7/10

Seconde émanation noire de Artefactum, one woman band menée par la mystérieuse Melissa d’Erlette, Chaos Elements est, encore une fois, une de ces œuvres qui se vit, se ressent plus qu’elle ne s’écoute comme de la consommation courante. 

Hermétique à plus d’un  titre, elle est une lente plongée dans les abysses. Bande son entre ambient hypnotique et musique drone inquiétante au souffle tellurique, Chaos Elements semble constamment écartelé entre beauté contemplative et laideur grondante.  Si la première piste, « Aurora Over Labyrinth », dessine un décor (faussement) rassurant, brume qui se lève au-dessus du chaos, dès le magnifique « Terra », la Polonaise nous entraîne dans son sillage dans un labyrinthe dont seule possède sans doute la clé. Malgré ses belles nappes électroniques, il s’agit d’un magma bourdonnant de sons comme vomi des entrailles de la terre. 

Artefactum livre sa vision de quatre éléments, une vision étrange et crépusculaire, toujours au bord d’un gouffre, impression confirmée par « Aer », dérélict étouffant qui dérive dans un brouillard nébuleux, copulation d’atmosphères à la fois aériennes et industrielles, cependant que « Ignis » adopte les courbes décharnées et minimaliste d’un monstre d’où ruissèle un torrent de sang mélancolique. 

Bien que subdivisé en six segments, Chaos Elements se divise en réalité et très clairement en deux parties : une longue pièce en quatre temps, expression sonore désespérée de la terre, de l’air, du feu et de l’eau ; quatre plages que cimentent des effluves de sons autarciques et qu’encadrent deux forteresses - « Aurora Over Labyrinth of the World » et « From Sulphur To Mercury : Hermetic Triumph » -  qui elles -aussi se répondent par une communauté d’ambiances et de motifs identiques, construction qui confère à ce Chaos Elements des allures cycliques évidentes. 

(Forcément) difficile d’accès, est-ce un bon album ? La réponse dépend de votre conception de la musique, selon que vous la définissez comme un plaisir immédiat ou bien comme un moyen de transport vers un ailleurs organique et presque divin. Chaos Elements a quelque chose de démiurgique. (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Aurora Over Labyrinth of the World 04:25
  2. Terra 08:49
  3. Aer 08:24
  4. Ignis 08:08
  5. Aqua 08:10
  6. From Sulphur To Mercury : Hermetic Triumph 06:04
TOTAL RUNNING TIME 44:00


LA CAVE DE CHILDERIC THOR : BEYON-D-LUSION - Intuispection (2005)

Adipocere - 6.5/10 - MySpace

Quand la plupart des labels ne s’embarrassent de ce genre de scrupules, Adipocere aurait eu donc de se priver se suivre lui aussi les modes. Et alors que le metal à chanteuse comme on le nomme faute de mieux explose franchement, l’écurie bressane décide de miser sur Beyon-D-Lusion, side-project de deux membres de Furia, formation qui semble alors être aux portes du succès, qu’elle n’ouvrira pourtant jamais vraiment. 

Dommage de fait que la sympathique structure de Christian Bivel mette peu après ses activités de production en sommeil, privant du coup certains disques de la promotion qu’ils méritaient car Intuispection aurait pu davantage faire parler de lui. 

En effet, ce premier essai de Beyon-D-Lusion, après un EP, First Step to the Source , est porteur de bonnes choses. A commencer par ce metal gothique à la The Gathering époque Mandilyon/Nighttime Birds, sillon que les Français à leur modeste mesure, empreinte avec une certaine réussite. Réussite qu’ils doivent tout autant à la voix puissante de Alexandra et au travail solide du Medhi, tous les deux étant à la source de ce projet. 

Sans révolutionner un genre très (trop) balisé, le groupe apporte sa patte, notamment par des influences orientales et arabes, qui se lisent dans le visuel (la main de Fatima), dans certains phrasés de la jeune femme (« Sweet Surrender ») ou tout simplement dans les motifs qui ornent « Lumina » ou l’introduction de « Ethereal Drift »). 

S’il n’est pas sans défauts, Intuispection se déleste de quelques chansons assez fortes, telles que « Sweet Surrender », le lourd « Into The Maze », « Chrysalis », aux teintes épiques, « Them Changes », que rehausse des effets electro ou bien « Lunary Me », lui aussi coloré de touches arabisantes envoûtantes. Cet alliage certes éprouvé, entre guitares lourdes et chant de sirène fonctionne bien, nous faisant regretté que depuis, Beyon-D-Lusion n’ait plus donné signe de vie… (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Sweet Surrender 04:37
  2. Binary Me 05:17
  3. Tribute to Mrs Keystone 05:11
  4. A Dose of Life 04:02
  5. Lumina 01:56
  6. Into the Maze 02:58
  7. Thereal Drift 04:23
  8. Chrysalis 03:08
  9. A-mazing Grade (Part 1) 02:15
  10. A-mazing Grade (Part 2) 04:45
  11. Patterns 04:29
  12. Them Changes 04:56
TOTAL RUNNING TIME 48:02

LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ANIMUS - Poems for the Aching, Swords for the Infuriated (2005)

Ars Magna Recordings - 7/10 

Vous, les Scandinaves, vous n’avez pas le monopole de la douleur. On peut aussi être né sous le soleil de la Méditerranée et ruminer son mal être suicidaire en régurgitant un bon vieux black doomy plus triste qu’un dimanche de pluie et à fortiori lorsque l’on est israélien. 

C’est le cas d’Animus et de Golan Weiss, son seul et unique membre qui, tel une pieuvre, s’est chargé de tout. Les one man bands pullulent au sein d’un genre lui-même au bord de l’indigestion à forcer d’être pénétré.  Ce n'est pas si grave. 

Premier des deux méfaits (pour le moment) d’un projet dont seule l’origine géographique le distingue réellement de ces copains d’asile, Poems For The Aching, Swords For The Infuriated exalte avec sincérité les invariants collés aux black dépressif comme une nymphomane à une virilité affichée : son pollué qui racle, voix de gargouille écorchée, tempo embourbé dans la mélasse, quand bien même Animus ne rechigne pas de temps à autre à passer la troisième (« II »), figures répétitives qui se déploient sur de longues durées … Bref, rien, absolument rien d’original ni de novateur dans cet essai, si ce n’est cette tentative de marier trame suicidaire avec une architecture plus proche de la ballade (« III »). 

Pourtant, la magie (noire) opère de nouveau et l’amateur misanthrope ou bien simplement masochiste y trouvera sans aucun doute matière à nourrir ses tourments et sa mélancolie contagieuse. Ces six bubons anonymes devraient ainsi creuser des tranchées profondes et maladives dans lesquelles on peut se perdre avec une délectation toute vénéneuse. 50 minutes, très bien faites, de relents au gouû de décrépitude, cela ne se refuse pas…(cT)

TRACKLISTING
  1. One 08:23
  2. Two 07:44
  3. Three 06:22
  4. Four 08:28
  5. Five 06:08
  6. Six 13:19
TOTAL RUNNING TIME 50:15

LA CAVE DE CHILDERIC THOR : AKITSA / THESYRE - Contre-courant (2005)

Sadolust Records - 7.5/10

Il était écrit que ces deux-là se rencontreraient un jour. Oui, au-delà d'une origine géographique commune, le Québec, Akitsa et Thesyre possèdent une couche de ciment qui les lie trop épaisse, quelle soit musicale ou idéologique, pour qu’ils ne collaborent pas un jour.

Cette union fraternelle a pris la forme (forcément) d’un split, exercice qui se prête bien à ce genre de proximité, avant de se manifester par le recrutement depuis 2009 de Éric Syre au sein du premier en tant que musicien de sessions live. Contre-courant agrège quatre titres. Les deux premiers sont l'œuvre d'Akitsa. « Révolution » trace un black métal ramassé et primitif mid tempo tandis que « Régression » arbore des atours à la fois plus mélodiques et doomy bien que toujours assez malsain.

Thesyre quant a lui se montre sous jour le plus fielleux avec tout d'abord « A contre-courant » sauvage et vrillé par des riffs saignants comme un vagin pendant les menstrues. Quel break mon dieu, qui écartèle le titre en deux. C'est ensuite "Nous, nous sommes", sinistre à souhait et lui aussi sectionné par une fracture vicieuse.

Un split très homogène, œuvre de deux entités unies par une même vision du black métal. Quasiment une déclaration de foi. (cT)


TRACKLISTING
  1. Akitsa : Révolution 04:26
  2. Akitsa : Régression 02:11
  3. Thesyre : A contre-courant 03:28
  4. Thesyre : Nous, nous sommes 03:27
TOTAL RUNNING TIME 13:32

LA CAVE DE CHILDERIC THOR : UMBRA NIHIL - Gnoia (2005)

Firedoom - 9/10 - MySpace

Signé chez le plus célèbre revendeur local, Firebox (via sa sous–division Firedoom), Umbra Nihil est un groupe finlandais pratiquant un doom hybride et pour le moins original. Qui sont les musiciens qui se cachent derrière des initiales énigmatiques ? Nous ne pouvons répondre. 

En revanche, ce qui est certain, c’est, qu’à l’instar de leurs compatriotes de Aarni (avec lesquels ils ont d’ailleurs partagé un split CD), ils offrent une musique particulièrement intéressante. Il ne s’agit pas là de doom vraiment extrême ni réellement dépressif, mais d’une musique à la fois lourde et hypnotique (7 titres pour 60 minutes) privilégiant les atmosphères bizarroïdes et envoûtantes à la dépression suicidaire chères au funeral doom. 

Gnoia est un labyrinthe sonore dont seul le groupe détient (peut-être) la clé. D’aucuns  trouveront certainement cet album stérile et vain. Pourtant sa richesse se révèle immense pour qui se sent prêt à se laisser emporter dans ce kaléidoscope musical mêlant voix caverneuse issue du doom death, structures complexes, ambiances psychédéliques (“ Shields Down ”). Même si le groupe ne passe jamais la seconde, embourbé qu’il est dans les rythmiques pachydermiques, ces chansons à tiroirs demeurent très mélodiques et finalement accessibles. 

Certaines sont de toute beauté : l’instrumental “ Gnoia ”, “ Words Left Unspoken ” sur lequel MM tisse d’envoûtants riffs de guitare, comme sur la plupart des autres titres d’ailleurs, la six cordes formant la clé de voûte de l’édifice, et surtout le sublime  “ Fade Out ” qui clôt cette pierre angulaire du doom sur une note mélancolique et planante. Essentiel ! (cT)

TRACKLISTING
  1. Nocturnal Occurences 08:36
  2. Fear Of The Void 07:40
  3. Gnoia 06:36
  4. Shields Down 09:31
  5. Words Left Unspoken 06:47
  6. The Dreams In The Witch-House 11:05
  7. Fade Out 09:54
TOTAL RUNNING TIME 60:07

ARCHIVES : THESYRE - Duality (2005)

Vicious Recordings
8.5/10












Fidèle a une écriture dont il ne se départira sans doute jamais, Eric Syre grave avec Duality un deuxième effort qui se fraye un chemin dans la crevasse creusée par son ainé éponyme.


Thesyre, c'est une certaine vision du black metal, qui noue une proximité avec les derniers Darkthrone tout en réussissant là où les norvégiens ratent le coche : être groovy et fielleux à la fois. Des assauts très courts, marqués au fer rouge, des grattes directement branchées sur le secteur ("Terror"), la voix frottée avec du papier de verre du maître des lieux et surtout ce tempo digne d'un blockaus au service d'une idéologie patriotique, forment la moelle épinière de ce Duality efficace en diable accroché à des falaises rythmiques.

Pour autant on ne saurait le considérer comme une simple resucée de Thesyre ou du split avec Corpus Christii (F.O.A.D.). Le québecois continue de travailler sa roche abrasive. Des paroles en anglais (sauf pour "Quatre lys noirs") et des lignes vocales plus variées participent de cette évolution et de ce travail. De même, les instruments ont plus de place pour s'exprimer (la basse sur "Pyromania " par exemple) tandis que la prise est plus claire ce qui ne lui ôte pas son caractère haineux. Entre tous ces crachats thrashy, on note la présence de charniers plus mid-tempo, tels que les redoutables "The Eagle in the Wheel" et "The Cult Of Victory" qui labourent les corps et les chairs.

Troublant comme Thesyre parvient à sonner presque rock 'n' roll tout en ruisselant ce fluide malsain  dont il est coutumier. Ses compositions sont de purs concentrés de haine, de la matière brute à vif. Une tension court tout du long de cette litanie de fiel.

Pour conclure, Duality est aussi bon que Thesyre tout en étant plus diversifié, plus travaillé, ce qui ne signifie pas que l'urgence et la brutalité souterraine aient été mis en jachère, bien au contraire. Enfin, citons la reprise de Sodom, "Outbreak Of Evil" laquelle, se glisse avec aisance au milieu de ce substrat épidermique et primitif. Que des qualités donc...

TRACKLISTING
  1. Pyromania 03:08
  2. Terror 01:54
  3. Hypocritely Correct 02:32
  4. F.O.A.D. 02:20
  5. Stand 03:34
  6. The Eagle in the Wheel 03:47
  7. Discount Planet Earth 02:30
  8. The Cult of Victory 02:53
  9. Witch-Hunt 02:57
  10. Quatre Lys Noirs 01:44
  11. Outbreak of Evil (Sodom cover) 02:27
TOTAL RUNNING TIME 29:16
MySpace / Disco


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Un grand merci à Eric Syre pour m'avoir demandé de chroniquer la quasi intégralité de son oeuvre.

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