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LA CAVE DE CHILDERIC THOR : CORDE OBLIQUE - The Stones of Naples (2009)

Prikosnovénie - 8/10 - MySpace

Troisième recueil de Corde Oblique, le projet solo du guitariste napolitain Riccardo Prencipe, The Stones Of Naples s'inscrit dans la droite lignée de ses deux aînés, les magnifiques Respiri et Volonta d'Arte. Si vous êtes de ceux qui se sont laissés bercer par les caresses acoustiques belles comme un chat qui dort qui les composaient alors vous pouvez donc acquérir cet album les yeux fermés (mais surtout pas les oreilles !).

Avec un bonheur et une réussite intacts, le généreux musicien nous transporte dans son univers, un univers bien entendu (très) loin du metal quand bien même il ait apparu, aussi surprenant que celui puisse paraître, lors du Cernunnos Pagan Fest 2008, coincé entre des groupes de black metal et qu'il a illuminé son touché poétique. La reprise du très beau" Flying" d'Anathema, qu'il revisite avec justesse et émotion témoigne également des liens que le projet peut parfois nouer avec une scène dont il est pourtant à priori très éloigné. On se souvient également que l'Italien avait déjà proposé une relecture du "Kaiowas" de Sepultura sur son disque précédent.

Corde Oblique est comme un jardin secret : on y entre que si l'on y est invité. Il est rempli de richesses intimes et intimistes. Véritables lettres d'amour à ville dont il est originaire et qu'il nous fait visiter au fil des titres, The Stones Of Naples illustre bien cette métaphore. Tout y est délicat, aérien, élégant, fin. Emouvant surtout. Avec classe et sobriété, Riccardo transpire un feeling qu'un Yngwie Malmsteen ne parviendra jamais à atteindre. Quelques notes lui suffisent toujours pour dépeindre une émotion, un sentiment (la superbe introduction "La Quinta Ricerca", "The Quality Of Silence", court instrumental touché par la Grâce), aidé en cela par des musiciens talentueux (violonistes, pianistes...) et différentes chanteuses qui le sont tout autant qui viennent souligner le jeu du maître. Malgré l'absence d'instruments électriques, ces chansons se révèlent être de purs joyaux, belles et cristallines.

Qu'il est bien difficile de rester de marbre, de ne pas couler une larme à l'écoute des torrents émotionnels que sont "Like An Ancient Black & White Movie", "La Citta Dagli Occhi Neri" (certainement, l'une des plus belles pièces de cet opus), "Nostalgica Avanguardia" ou bien encore le final "Piscina Mirabilis". Ces ritournelles sont enveloppées par le charme ensoleillé de cette langue latine, pleine de poésie qui les drape d'un voile léger et pur.

Mais en filigrane, il y a constamment une forme de mélancolie qui affleure parfois plus qu'elle ne colore de quelques teintes éparses des morceaux finalement plus tristes qu'enjoués, à l'image notamment de "Dal Castello Di Avella", même si le virevoltant "La Gente Che Resta" peut quelque peu infirmer cette impression. Et s'il ne se hisse peut-être pas tout à fait à la hauteur de Volonta d'Arte, il ne faut pas bouder son plaisir face à The Stones Of Naples qui saura sans peine vous séduire. Mon Dieu, quelle douloureuse beauté ! (cT2009)

TRACKLISTING
  1. La quinta ricerca 03.13
  2. Venti di sale 05.25
  3. Flower bud 05.45
  4. Flying [Anathema Cover] 05.45
  5. Like an ancient black & white movie 02.10
  6. La citta dagli occhi neri 05.43
  7. Nostalgica avanguardia 05.14
  8. The quality of silence 01.49
  9. Barrio Gotico 07.16
  10. Dal castello di Avella 03.58
  11. La gente che resta 03.23
  12. Piscina Mirabilis 02.57
TOTAL RUNNING TIME : 52.38

V/A - Berceuses des fées (2009)

Prikosnovénie - 7.5/10

Prikosnovénie est plus qu’un simple label, c’est une famille. Mais attention, non  pas une de celles où l’on se s’entre déchire, plutôt une où tous les membres s’aiment, s’apprécient. 

De fait, les groupes de l’écurie vendéenne sont bien davantage que des noms dans un catalogue, ils participent à l’esquisse d’un univers cohérent, pièces complémentaires les unes des autres. C’est donc en toute logique qu’ils se fondent aussi bien au sein d’une collection telle que Mandalia que dans la réalisation de ce projet voué à réunir sous la forme d’un livre, un recueil de 14 contes illustrant des berceuses du monde entier. 

Pour accompagner ces histoires, Prikosnovénie a demandé à treize artistes affiliés (ou non) au label de composer une musique inédite inspirée par celles-ci. On y croise avec plaisir Ann’sanat (aka Alizbar) pour l’éthéré « Idje Sen » où sa harpe magique souligne des lignes vocales féminines, les allemands de Faun le temps du fragile « Loibere Risen », Ashram, Onde et le tristse « Sélène », Lily Storm avec le dépouillé « Cretan-lullaby ». Citons encore Caprice (« Sleep Baby Sleep »), la chanteuse de Cristal Galli, Sarah Shayana qui promène sa voix pure comme le cristal pour un « Ö Luna » vaporeux et, dans un registre plus sombre, Daemonia Nymphe (l‘acoustique «Hypnosoneirathanatos », d‘une beauté boulerversante) et Les Fagments de la nuit (le crépusculaire « Alpha du centaure »). 

Seul « Ouma », écrit par le duo formé par Daniel Perret et Crista Galli pour Les esprits de la nature n’est pas une composition vierge, ce qui n’enlève rien à sa réussite diaphane. 

Loin d’une banale compilation au rabet, Berceuses des fées se présente comme un objet d’art total : à écouter donc, à lire (les textes) et à regarder pour ces belles et étranges illustrations faites maison. Une pièce de collection à l’image du label : chaleureux et généreux. (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Ann'Sanat (Alizbar) - Idje Sen 03:28
  2. Pinknruby - Uspavanka 03:26
  3. Faun - Loibere Risen 03:37
  4. Ashram - For Each and Every Child 04:26
  5. Onde - Sélène 03:50
  6. Francesco Banchini - Cristina 04:44
  7. Francesco Banchini - Cumplean 01:59
  8. Lily Storm - Cretan-Lullaby 02:16
  9. Caprice - Sleep Baby Sleep 03:13
  10. Sarah Shayna (Crista Galli) - Ö Luna 04:49
  11. Omasphere - An Mouma 01:28
  12. Daemonia Nymphe - Hypnosoneirathanatos 05:45
  13. Les Fragments De La Nuit - Alpha du Centaure 04:01
  14. Daniel Perret & Crista Galli - Ouma 08:05
TOTAL RUNNING TIME 55:07

LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ARTESIA - Llydaw (2009)

Prikosnovénie - 7.5/10 - MySpace

Une voix féminine éthérée, feutrée, presque spectrale, chant aérien, lointain, un écho fantomatique. La présence d’un violon emprunt de gravité qui vient souligner la tristesse de ces lignes vocales comme échappées d’un monde irréel, mystérieux et magique plutôt que féerique. Des nappes de claviers qui enveloppent de son linceul sombre et mortuaire une musique propice au recueillement. Quelques accords égrenés par une guitare doucereuse et discrète terminent de planter le décor, un décor tout en nuances de touches, évanescent, vaporeux, une brise enchanteresse que l’on ne parvient jamais à saisir.

Il y a une telle pureté, une telle noblesse dans les ambiances que peint Artesia, projet guidée par la talentueuse et jolie Agathe dans une veine proche de Dark Sanctuary et d’Arcana qu’il semble bien difficile de résister à cette palette d’émotions diaphanes qui tapissent ces chansons.

Certains l’ont découvert par le prisme de Belenos dont on croise ici Loic Cellier en charge des guitares, des percussions, de quelques intermèdes instrumentaux (« Lande sauvage », Sous la pierre brisée ») de toute beauté et de la production. Amoureux de Brocéliande et des paysages sauvages que seule la Bretagne peut offrir, il a trouvé chez Artesia une musique selon son âme.

Llydaw est la troisième offrande de la formation après Hilvern et Chants d’automne. Il est un recueil de huit mélopées qui sont autant de caresses funéraires et lumineuses à la fois, déambulations oniriques dans une forêt où règnent les légendes et les esprits.

Alors bien entendu, on est ici à des années-lumière du metal, genre avec lequel le groupe partage néanmoins ce goût pour les ambiances mélancoliques mais ceux qui recherchent une musique qui élève l’âme, une trame introspective, devraient être séduit par cet album très féminin des plus réussis, idéal pour emplir l’espace nocturne d’une soirée automnale solitaire et auquel on reprochera seulement d’être un peu trop court. Car combien nous aurions aimé que le plaisir se prolonge bien au-delà d’une petite quarantaine de minutes…

Un (léger) goût de trop peu donc, quand bien même Llydaw ne saurait être critiqué, qu’il s’agisse de l’interprétation ou d’une écriture qui donne à évoquer les sentiments des romantiques allemands du XIXème siècle. Si Dark Sanctuary a quelque chose d’un Baudelaire musical, Artesia est presque l’expression sonore des peintures de Caspar David Friedrich. Une comparaison qui n’engage que moi mais ce sont là les images qui me viennent à l’écoute de ce souffle poétique. (cT)

TRACKLISTING
  1. Irree Seose 0.49
  2. Le Haut Bois 7.18
  3. Y Ladi Wen 7.55
  4. Lande Sauvage 2.47
  5. Tempus Est Locundum 5.45
  6. Le Voyageur  6.47
  7. Sous La Pierre Brisée  4.09
  8. Vers L'Ouest 5.35
TOTAL RUNNING TIME : 41.05

CAPRICE - Six Secret Words (2009)

Prikosnovénie - 8.5/10 - MySpace

Concept séduisant, la collection Mandalia instiguée par Prikosnonénie repose sur une série d’offrandes uniques vouées à la relaxation. Pour cela, le label demande pour chaque nouveau voyage à un des artistes de son écurie de composer une musique respectant ce cahier des charges. 

Habitués à délivrer des œuvres singulières, les Russes de Caprice ont relevé ce qui pour eux tenait du défi. Et contre toute attente, le résultat est merveilleux, néanmoins plus mélancolique que véritablement relaxant. Pour ce faire, le talentueux Anton Brejestovki a composé six échappées que guident la voix fragile d’Inna Brejestovskaya et tout un ensemble d’instruments acoustiques (flûte, violon, harpe celtique, guitare…). 

Léger et rafraichissant, le titre d’ouverture, « Craft » se veut trompeur quant à l’essence réelle de Six Secret Words car ce qui suit se révèle bien plus désenchanté. Entre le diaphane et cristallin « Trees », dont les traits sont dessinés avec une sobriété touchante et le tragique « Taeries », secrétatoires d’une tristesse vaporeuse autant libérée par le chant spectral d’Inna que la présence fantomatique des instruments, ainsi que l’étrange « Womb », pièce de musique classique contemporaine vierge de lignes vocales (comme les deux suivantes) longue de plus de dix minutes très sombre, l'atmosphère se prête à une forme de recueillement mélancolique.

Malgré un « Memories » plus évanescent et le très beau « Sage », caresse voluptueuse colorée par les notes égrenées par la harpe et le violon, Six Secret Words est donc un album certes plus accessible que le reste de la discographie des Russes mais reste empreint de cette noirceur qui contamine toute l’œuvre de ses derniers. De fait, Caprice s’est coulé dans le concept du Mandalia tout en conservant intact une identité qui n’appartient définitivement qu’à lui et, ce faisant, a accouché de son disque le plus réussi.(cT)


TRACKLISTING
  1. Craft 04:35
  2. Trees 07:53
  3. Taeris 06:34
  4. Womb 10:58
  5. Memory 06:02
  6. Sage 05:26
TOTAL RUNNING TIME 41:28

ANTRABATA - Dark And Bright (2009)

Prikosnovénie  - 7.5/10

Souvenez-vous, en France on n'a pas de pétrole mais on a des idées. C'est vrai. On a aussi et surtout de très bons groupes qui méritent que l'on parle d'eux. Antrabata , par exemple, qui n'a pas à rougir des comparaisons, évidentes il est vrai, avec Massive Attack et Portishead. 
 
D'une certaine manière, ces références pourraient se suffire à elles-même pour définir la musique dessinée par les Français. Sans doute mais Antrabata mérite mieux que ce raccourci. Pour le travail remarquable du multi instrumentiste Régis Aubert (guitares, basse, sitar, contrebasse...), capitaine de ce navire franchissant des murs de brouillard. Pour la voix de Femke Lavrijssen, profonde et séduisante bien qu'une certaine mélancolie vient parfois se glisser dans ses mélopées ("Chameleon Of Today" notamment). 
 
Pour Dark & Bright, seconde opus envoûtant qui continue de creuser le sillon entamé par son prédécesseur, le déjà acclamé Elephant Reveries. Trip-hop aux confins de la world music, la plastique de cet album navigue sur un lit d'effluves synthétiques, belles comme un chat qui dort ("Echoes") toujours, hypnotiques également ("Dark & Bright", "One Day After" et ses claviers presque seventies). La richesse des arrangements ("Copy And Paste", "We Rise" et ses parties de flutes superbes) n'a d'égale que l'émotion que libère ces compositions écrites avec le coeur, qui vivent et respirent. 
 
Vigie, Femke nous guide parmi ces ambiances empreintes de fébrilité, de noirceur également, quand bien même son chant peut servir de pinceau à cette tristesse diffuse ("What If"). Cet album miraculeux évoque la brume matinale, ce moment où la nuit est sur le point de s'enfoncer dans le sommeil mais où le jour ne s'est pas encore réveillé ("Knowing A Smile"). Parfois proche des derniers travaux de The Gathering avec sa sirène Anneke, en (forcément) moins metal, Antrabata séduit par son charme et la poésie diaphane de sa musique en clair obscur. 
 
Une jolie découverte et encore une sortie hautement recommandable de la part du label Prikosnovénie qui a décidemment le nez creux. (cT)

TRACKLISTING
  1. Echoes 05.50
  2. Towards The Dark 03:35
  3. Chameleon Of Today 04:03
  4. Dark And Bright 02:51
  5. Copy And Paste 04:59
  6. We Rise 03:12
  7. Fight Your Dragon 05:04
  8. One Day After 03:52
  9. Knowing A Smile 04:39
  10. What If 04:09
  11. Homesick 02:29
TOTAL RUNNING TIME 44:43

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