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167 Chroniques depuis le 20 mars 2009

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KARMA TO BURN - Appalachian Incantation (2010)

Napalm Records - 8/10

Trois albums entre 1997 et 2001 et puis s’en va, c’est peu dire que d’affirmer que Karma To Burn s’est arrêté trop vite, trop tôt. Il manquait tout simplement quelque chose. On ne parvenait pas à se contenter de ce goût d’inachevé, d’autant plus que les années qui ont suivi le split ont été les témoins de la montée en puissance d’un culte autour de ce trio aussi singulier que maudit car précurseur d’une approche – le rock instrumental – autrefois peu viable sur un plan commercial et désormais très tendance comme on dit. On espérait de fait, sans forcément trop y croire, qu’une reformation était possible. 

Là voilà donc, dans un premier temps incarnée par des concerts explosifs et jouissifs, manière de confirmer que les Américains en ont encore dans le slip. La signature chez Napalm Records, si elle a surpris, le label étant à priori à l’opposé de ce que combo représente, a cependant rassuré : une quatrième rondelle ne devrait donc plus tarder à pointer le bout de son dard. 

Un copieux dvd plus tard, déboule maintenant ce Appalachian Incantation attendu depuis près de dix ans ! Et c’est avec plaisir que l’on se rend compte rapidement, dès « 44 », que Karma To Burn n’a pas changé d’un iota. Restant fidèle à ce stoner rock - étiquette maladroite qu’on lui a collé sur la gueule faute de mieux - si particulier car instrumental et ruisselant ce feeling, cette énergie, que seuls les power trio possèdent. Guitare fiévreuse, basse volubile et batterie ancrée dans la terre balancent la sauce avec une vigueur jamais abandonnée et une qualité retrouvée, après un Almost Heathen, certes intéressant mais moins immédiat car pourvu de titres moins forts que sur ses deux prédécesseurs. 

Autant le dire tout de suite, ces « 42», « 41 », « 46 », grandiose celui-là, n’ont pas rougir de la comparaison avec leurs aînés, ceux de Wild Wonderful Purgatory dont Appalachian Incantation se rapproche. Forcément. Seul « Waiting On The Western World » dénote un peu au milieu de ce bloc ramassé, moins par sa qualité que par les lignes vocales qui étonnement le guident, quand bien même le résultat s’avère moins convaincant que sur le premier album. Bien que plus ou moins improvisé, celui de Jason Jarosz demeure encore aujourd’hui souvent inoubliable car suintant un malaise des plus palpables. 

Sinon, c’est un sans faute, un orgasme vicieux d’une quarantaine de minutes, l’extase suprême étant atteinte lors du plus hypnotique « 43 », moins rock mais aux ambiances super noires et où le jeu du mésestimé Will Mecum, organique et intuitif, fait couler une épaisse marée noire. 

Retour gagnant en définitive pour un Karma To Burn jamais remplacé avec un album digne de sa légende.  Ne reste plus qu’à voir si la chance lui sourit davantage qu’à ses débuts… Notez enfin que l’édition limitée est enrichie d’une second disque comprenant des titres réenregistrés, des versions démos et une piste chantée par John Garcia de Kyuss ! (cT2010)


TRACKLISTING
  1. 44 05:11
  2. 42 03:58
  3. 41 04:58
  4. 46 03:13
  5. Waiting On The Western World 05:42
  6. 43 04:43
  7. 45 06:36
  8. 24 03:44
  9. Two Times 04:53
TOTAL RUNNING TIME 42:58



PELICAN - What We All Come to Need (2009)

Southern Lord - 7.5/10

Qu’il semble loin désormais le temps où le post-rock/core affolait les érectromètres des mangeurs du gros son ! Entre, au mieux, ronronnements (Cult Of Luna) et, au pire, déceptions (Isis et son Wavering Radiants moisi), le genre donne l’impression de tourner à vide, d’avoir tout dit ou presque. Nonobstant un capital sympathie jamais remis en question, Pelican est un peu à son image. 

Après des débuts orgasmatiques (Australiasia et The Fire In Our Throats Will Beckon The Thaw), les Américains enchaînent les publications sans surprise mais avec toutefois une qualité égale. Ce qui leur permet de se maintenir largement au dessus du tout venant et de laisser espérer chez quelques irréductibles fans (ah, les incorrigibles !) un sursaut d’innovations. 

What We All Come To Need est donc le quatrième album de Pelican et fore encore le même substrat instrumental que ses prédécesseurs, hormis sur « Final Breath », souligné par une poignées de lignes vocales qui n’apportent pas grand-chose. On y croise de fait ces envolées stratosphériques, ces explosions de six cordes (« Gimmer »), cet habile mélange entre un rock lourd arrondi par une rythmique épaisse (le groovy et harmonique « Ephemeral ») mais qui s’élève parfois très haut dans le ciel (« Specks Of Light ») typique du groupe. 

Rien de bien nouveau et ce n’est pas la présence en invité de Greg Anderson (sur « The Creeper »)  et Aaron Turner (« What We All Come To Need ») qui va surprendre. Cependant, grâce à un sens aigu de la mélodie et une fluidité dans les enchainements intactes, ce qui pourrait être regrettable confère à cette œuvre un côté attachant et confortable. Et finalement, ce qui en live n’est excitant que le temps des trois premiers morceaux, s’écoute avec un plaisir évident, ce que le caractère franchement accessible de cette musique, chez laquelle l’absence de chant ne se ressent jamais, renforce encore davantage. Des bijoux d’écriture et de progression tels que « The Creeper », « Specks Of Light » ou « What We All Come To Need » n’étonnent certes jamais toutefois, on ne saurait contester leur belle tenue.

Un bon disque au final qui devrait satisfaire les fans, séduire peut-être ceux qui découvriraient Pelican avec un train de retard sans pour autant faire changer d’avis ceux qui estiment à raison que le genre commence sérieusement à se mordre la bite… (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Glimmer 07:31
  2. The Creeper 07:20
  3. Ephemeral 05:09
  4. Specks of Light 07:46
  5. Strung Up From the Sky 05:12
  6. An Inch Above Sand 04:14
  7. What We All Come to Need 06:47
  8. Final Breath 07:29
TOTAL RUNNING TIME 51:28



LA CAVE DE CHILDERIC THOR : LONG DISTANCE CALLING - Avoid the Light (2009)

Superball Music - 9/10

Les étiquettes, c'est chiant. Ca vous met un nom dessus pour pas qu'on puisse vous confondre avec le copain. Et puis ça gratte. Prenez le post-rock. Voilà une appellation d'origine contrôlée qui ne veut strictement rien dire qui rassemble aussi bien des Neurosis que des Pelican dans le même sac.

Long Distance Calling fait paraît-il du post-rock instrumental. Bien. Pourquoi pas ? Mais à y écouter d'un peu plus près, n'a-t-on pas affaire finalement à une forme d'expression moderne du rock progressif des pères fondateurs ? Des titres longs, ambiancés et stratosphériques, de la technique, de la beauté et une émotion souterraine. Bref, ces Allemands sont sans doute plus proches d'un Pink Floyd, d'un Porcupine Tree que du Hardcore dont le post-rock est souvent un enfant bâtard. Et Avoid The Light, leur seconde échappée, est un chef-d'oeuvre absolu, à vous tirer des larmes.

S'il est parfois propulsé par des riffs bien épais comme la semence masculine après plusieurs jours d'abstinence ("Black Paper Planes", "I Know You, Stanley Milgram !"), leur rock a avant tout quelque chose d'une piste de décollage vers un ciel chargé de nuages. Néanmoins ceux-ci n'annoncent pourtant jamais une tempête à venir. De fait, cet album repose sur une grande fluidité, dépourvu de césures rythmiques, de moments de colère, ce qui ne l'empêche pas de suinter une mélancolie touchante et une certaine fébrilité, dont Jonas Renkse se fait l'acteur sur le poignant "The Nearing Grave", unique piste non instrumentale que le chanteur de Katatonia entraîne forcément, tant sa voie est reconnaissable entre mille et porteuse d'une grande tristesse, dans les caveaux de son port d'attache habituel (on pense notamment à Last Fair Deal Gone Down).

Soulignées par des claviers aux accents très progressifs et drapés dans la patine des seventies ( "Sundown Highway", "I Know You, Stanley Milgram !", dont l'intro n'est d'ailleurs pas sans évoquer, d'une manière lointaine certes, le "Shine On Your Crazy Diamond" de Pink Floyd), les guitares, belles et hypnotiques, constituent la colonne vertébrale de ces six morceaux souvent longs (deux d'entre eux franchissent la barre des dix minutes), vigies désespérée que l'on suit, envoûté, cependant que la batterie, pleine de rondeur, ancre le tout dans un socle mouvant.

Ces titres sont des voyages atmosphériques, percés par de multiples passages, (un peu) énervés par moment, beaux à en pleurer toujours, qui se délient, coulent sans heurts ni rupture pour former un maëlstrom aérien.
Pas très original peut-être, mais Long Distance Calling sait faire parler l'émotion plutôt que l'innovation à tout prix et c'est pour cette raison que Avoid The Light est si réussi, à l'image du monumental "Apparitions" , lourd et feutré à la fois qui, à lui seul, justifie son acquisition, torrent tout en progression écrit à l'encre du désespoir ou de ce "Nearing The Grave", qui semble miné par une faute que l'on ne peut pardonné.

Ce disque prend aux tripes tout simplement. Post rock ? Si ça vous chante ! Progressif ? Aussi. Superbe ? Complètement ! Une gemme grise à conserver comme un secret.

TRACKLISTING
  1. Apparitions /12.17
  2. Black Paper Planes / 7.17
  3. 359 / 7.55
  4. I Know You, Stanley Milgram ! / 10.26
  5. The Nearing Grave / 7.48
  6. Sundown Highway / 9.11
TOTAL RUNNING TIME : 55.30


BIENTOT DANS LES BACS : KARMA TO BURN - Appalachian Incantation


30.04.2010
Instrumental Stoner Metal

  1. 44 05:11
  2. 42 03:58
  3. 41 04:58
  4. 46 03:13
  5. Waiting On The Western World 05:42
  6. 43 04:43
  7. 45 06:36
  8. 24 03:44
  9. Two Times 04:53

DYSRHYTHMIA - Psychic Maps (2009)

Relapse Records - 7.5/10



Quand bien même de plus en plus de groupes osent depuis ces dernières années le tout instrumental (Karma To Burn, Pelican, Caldera, Capricorns...), prouvant par là même qu'absence de chant n'est pas synonyme de chiantise absolue, ce choix demeure encore aujourd'hui assez marginal. Pourtant cela fait déjà dix ans que Dyrhythmia n'enfante que des albums - Psychic Maps est déjà son quatrième bébé - de ce type. Il faut dire que le genre auquel les Américains sont rattachés, le progressif, reste probablement celui qui se prête le mieux à ce parti pris.

Néanmoins, parler de prog à l'encontre de ce trio dont deux de ses membres, le guitariste Kevin Hufnagel et le bassiste Colin Martson, animent également, entre autres, Gorguts, une référence en matière de techno death, semble un raccourci maladroit. Pas de branlette de manche ou de plans à rallonge chez Dysrhythmia qui forge plutôt un metal certes technique mais surtout profond et sombre et jamais stérile.

Psychic Maps est ainsi un concentré de riffs, de breaks, de cassures polyrythmiques d'où jaillit pourtant parfois une certaine forme d'émotion ("Reactionary", "Room Of Vertigo"). Les compostions, hormis la dernières d'entre elles, "Lifted By Skin" qui voisine avec les onze minutes, conservent une durée toujours raisonnable. Par contre corollaire de ce format relativement court ("Iron Cathedral"), elles ont une densité égale à celle du Japon tout en restant, ce qui est un exploit, des plus digestes (ce ne sera du reste sans doute pas l'avis de tout le monde). La trame repose sur un maillage donc très serré, irriguée par une rythmique explosive et une guitare exploratrice.

Ces mecs démontrent que l'on peut écrire des morceaux instrumentaux, à la fois extrêmement mélodiques et avec du sens et dont on ne se dit jamais durant leur écoute qu'un peu de chant aurait été le bienvenu. Ici, le socle se suffit à lui-même. Des perles telles que "Room Of Vertigo", émaillé de passages d'une beauté à couper le souffle, "Festival Of Popular Delusions" le démontrent avec évidence.

Et s'il est un titre à écouter en priorité, c'est bien "Lifted By Skin", gigantesque périple épique tout en progression et en ambiances qui démarre comme une montée en puissance tellurique (mon dieu, quel final !). Car la musique du trio sait déverser une énergie digne d'une centrale nucléaire fonctionnant à plein régime.

Puissant, passionnant, émotionnel et doté d'une virtuosité toujours mise au service de titres aux développements il est vrai alambiqués, tel est Psychic Maps, tel est Dysrhythmia, dont on se demande quand même s'il est bien à sa place chez Relapse Records, label habitué vendre davantage de brutalité.

Chronique à lire aussi sur Haven Metal.

TRACKLISTING
  1. Festival Of Popular Delusions / 04:22
  2. Triangular Stare / 05:47
  3. Reactionary / 05:25
  4. Room Of Vertigo / 06:49
  5. Iron Cathedral / 04:24
  6. Lifted By Skin / 10:50
TOTAL RUNNING TIME : 36:04
DAWNLOAD

USA ORIGINE
Instrumental/Progressive GENRE
1999 FORMATION
MYSPACE
DISCO
Contradiction (2000)
Dysrhythmia/XthoughtstreamsX (2001/Split)
No Interference (2001)
Dysrhythmia/Technician (2002/Split)
Pretest (2003)
Live At Contatination Festival 2003 (2004/Live)
Barriers And Passages (2006)
Fractures (2007/Split)
Psychic Maps (2009)



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