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167 Chroniques depuis le 20 mars 2009

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PELICAN - What We All Come to Need (2009)

Southern Lord - 7.5/10

Qu’il semble loin désormais le temps où le post-rock/core affolait les érectromètres des mangeurs du gros son ! Entre, au mieux, ronronnements (Cult Of Luna) et, au pire, déceptions (Isis et son Wavering Radiants moisi), le genre donne l’impression de tourner à vide, d’avoir tout dit ou presque. Nonobstant un capital sympathie jamais remis en question, Pelican est un peu à son image. 

Après des débuts orgasmatiques (Australiasia et The Fire In Our Throats Will Beckon The Thaw), les Américains enchaînent les publications sans surprise mais avec toutefois une qualité égale. Ce qui leur permet de se maintenir largement au dessus du tout venant et de laisser espérer chez quelques irréductibles fans (ah, les incorrigibles !) un sursaut d’innovations. 

What We All Come To Need est donc le quatrième album de Pelican et fore encore le même substrat instrumental que ses prédécesseurs, hormis sur « Final Breath », souligné par une poignées de lignes vocales qui n’apportent pas grand-chose. On y croise de fait ces envolées stratosphériques, ces explosions de six cordes (« Gimmer »), cet habile mélange entre un rock lourd arrondi par une rythmique épaisse (le groovy et harmonique « Ephemeral ») mais qui s’élève parfois très haut dans le ciel (« Specks Of Light ») typique du groupe. 

Rien de bien nouveau et ce n’est pas la présence en invité de Greg Anderson (sur « The Creeper »)  et Aaron Turner (« What We All Come To Need ») qui va surprendre. Cependant, grâce à un sens aigu de la mélodie et une fluidité dans les enchainements intactes, ce qui pourrait être regrettable confère à cette œuvre un côté attachant et confortable. Et finalement, ce qui en live n’est excitant que le temps des trois premiers morceaux, s’écoute avec un plaisir évident, ce que le caractère franchement accessible de cette musique, chez laquelle l’absence de chant ne se ressent jamais, renforce encore davantage. Des bijoux d’écriture et de progression tels que « The Creeper », « Specks Of Light » ou « What We All Come To Need » n’étonnent certes jamais toutefois, on ne saurait contester leur belle tenue.

Un bon disque au final qui devrait satisfaire les fans, séduire peut-être ceux qui découvriraient Pelican avec un train de retard sans pour autant faire changer d’avis ceux qui estiment à raison que le genre commence sérieusement à se mordre la bite… (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Glimmer 07:31
  2. The Creeper 07:20
  3. Ephemeral 05:09
  4. Specks of Light 07:46
  5. Strung Up From the Sky 05:12
  6. An Inch Above Sand 04:14
  7. What We All Come to Need 06:47
  8. Final Breath 07:29
TOTAL RUNNING TIME 51:28



LA CAVE DE CHILDERIC THOR : LONG DISTANCE CALLING - Avoid the Light (2009)

Superball Music - 9/10

Les étiquettes, c'est chiant. Ca vous met un nom dessus pour pas qu'on puisse vous confondre avec le copain. Et puis ça gratte. Prenez le post-rock. Voilà une appellation d'origine contrôlée qui ne veut strictement rien dire qui rassemble aussi bien des Neurosis que des Pelican dans le même sac.

Long Distance Calling fait paraît-il du post-rock instrumental. Bien. Pourquoi pas ? Mais à y écouter d'un peu plus près, n'a-t-on pas affaire finalement à une forme d'expression moderne du rock progressif des pères fondateurs ? Des titres longs, ambiancés et stratosphériques, de la technique, de la beauté et une émotion souterraine. Bref, ces Allemands sont sans doute plus proches d'un Pink Floyd, d'un Porcupine Tree que du Hardcore dont le post-rock est souvent un enfant bâtard. Et Avoid The Light, leur seconde échappée, est un chef-d'oeuvre absolu, à vous tirer des larmes.

S'il est parfois propulsé par des riffs bien épais comme la semence masculine après plusieurs jours d'abstinence ("Black Paper Planes", "I Know You, Stanley Milgram !"), leur rock a avant tout quelque chose d'une piste de décollage vers un ciel chargé de nuages. Néanmoins ceux-ci n'annoncent pourtant jamais une tempête à venir. De fait, cet album repose sur une grande fluidité, dépourvu de césures rythmiques, de moments de colère, ce qui ne l'empêche pas de suinter une mélancolie touchante et une certaine fébrilité, dont Jonas Renkse se fait l'acteur sur le poignant "The Nearing Grave", unique piste non instrumentale que le chanteur de Katatonia entraîne forcément, tant sa voie est reconnaissable entre mille et porteuse d'une grande tristesse, dans les caveaux de son port d'attache habituel (on pense notamment à Last Fair Deal Gone Down).

Soulignées par des claviers aux accents très progressifs et drapés dans la patine des seventies ( "Sundown Highway", "I Know You, Stanley Milgram !", dont l'intro n'est d'ailleurs pas sans évoquer, d'une manière lointaine certes, le "Shine On Your Crazy Diamond" de Pink Floyd), les guitares, belles et hypnotiques, constituent la colonne vertébrale de ces six morceaux souvent longs (deux d'entre eux franchissent la barre des dix minutes), vigies désespérée que l'on suit, envoûté, cependant que la batterie, pleine de rondeur, ancre le tout dans un socle mouvant.

Ces titres sont des voyages atmosphériques, percés par de multiples passages, (un peu) énervés par moment, beaux à en pleurer toujours, qui se délient, coulent sans heurts ni rupture pour former un maëlstrom aérien.
Pas très original peut-être, mais Long Distance Calling sait faire parler l'émotion plutôt que l'innovation à tout prix et c'est pour cette raison que Avoid The Light est si réussi, à l'image du monumental "Apparitions" , lourd et feutré à la fois qui, à lui seul, justifie son acquisition, torrent tout en progression écrit à l'encre du désespoir ou de ce "Nearing The Grave", qui semble miné par une faute que l'on ne peut pardonné.

Ce disque prend aux tripes tout simplement. Post rock ? Si ça vous chante ! Progressif ? Aussi. Superbe ? Complètement ! Une gemme grise à conserver comme un secret.

TRACKLISTING
  1. Apparitions /12.17
  2. Black Paper Planes / 7.17
  3. 359 / 7.55
  4. I Know You, Stanley Milgram ! / 10.26
  5. The Nearing Grave / 7.48
  6. Sundown Highway / 9.11
TOTAL RUNNING TIME : 55.30


MAKAJODAMA - Makajodama (2009)

The Lasers Edge - 8.5/10 - MySpace

Le rock progressif, c’est quoi ? Des matheux sortis de l’école de musique et alignant les plans comme la rue Saint Denis les femmes de petite vertue ? Ou bien est-ce plutôt des musiciens épris de liberté artistique cherchant à repousser des limites ?

Makajodama a clairement choisi son camp : le second. Et ils ont raison, ces Suédois. Leur premier opus s’impose d’entrée comme une pistes de décollage foisonnante qui convoque - un peu trop peut-être toutefois - le spectre du grand King Crimson, aussi bien pour ces lignes de violon parfois à la limite de la rupture, celles de Karin Larsdotter, qui nous font penser à celles de David Cross sur Larks Tongue In Aspic, mais aussi pour cette espèce de folie bizarre qui finit par contaminer l’ensemble (le « The Ayuryedic Soap » qui semble tout droit sorti du cerveau tourmenté de Robert Fripp). De même, Yes n’est parfois pas loin (« Buddha And The Camel »).

Mais ce n’est pas tout, le groupe cite aussi bien des références jazzy (la basse lors des premières mesures de « Reador Felgen Blues ») ou le pots rock de Godspeed You Black Emperor. Le canevas entièrement instrumnetal ainsi qu’une certaine mélancolie vaporeuse participent d’ailleurs de ce dernier arrimage. Bref, Makajodama mélange les genres avec panache, brio et une insolente réussite.

Cet album est un enchantement de tous les instants. Préférant généralement les longs développements, le groupe peut aussi écrire une perle folk de deux minutes (« Wolof ») ou un court morceau jazz façon San Francisco qui n’avance jamais droit, souligné par un saxo seventies (« Vallingby Revisited »). Surtout, les Suédois ne ressentent jamais le besoin d’en mettre plein la vue avec une virtuosité qui serait aussi stérile que gratuite.

Dignes héritiers du Roi Cramoisi, ils n’oublient pas d’ouvrir les vannes d’une émotion bouleversante. On pense notamment au désenchanté « The Train Of Thought » », superbe pièce aux multiples couches et sans doute l’un des Everest du disque. Chaque titre témoigne d’un véritable travail d’orfèvre entre liberté d’écriture et cohésion dans la progression d’une architecture, à l’image du grandiose «  The Girls At The Marches », long voyage riche en couleurs mais toujours maintenu par une main ferme. La musique classique contemporaine aussi les inspire, comme l’illustre le baroque « Autumn Suite ».

Certainement un des meilleurs albums de rock progressif publiés ces dernières années. Tout simplement. A découvrir d’urgence ! (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Reodor Felgen Blues 10:15
  2. Buddha and the Camel 09:25
  3. Wolof 02:31
  4. The Train of Thought 06:58
  5. The Ayuryedic Soap 07:42
  6. Vällingby Revisited 03:00
  7. The Girls at the Marches 08:16
  8. Autumn Suite 08:29
TOTAL RUNNING TIME 56:51

MAKAJODAMA

Suède Origine
Progressive/Post Rock Genre
MySpace









Disco

LA CAVE DE CHILDERIC THOR : SOLSTAFIR - Köld (2009)

Spikefarm - 9/10 - MySpace

On en prend conscience aujourd'hui avec satisfaction, la direction entamée par son opus précédent, Masterpiece Of Bitterness n'aura donc pas abouti à un cul-de-sac, à une voie sans issue. Délaissant les rivages, tant d'un point de vue musical que thématique, d'un black metal viking d'honnête facture, Solstafir s'est alors débarrassé de sa chrysalide qui le recouvrait depuis 1994 pour décoller vers des cieux qui lui sied bien davantage, ceux d'un metal indéfinissable et très personnel à mi chemin entre un doom psychédélique et un post-rock stratosphérique. Certains (dont je fais partie) ne se sont toujours pas remis du monumental titre d'ouverture, "I Myself The Visionary Head" et ses vingt minutes répétitives et hallucinantes.

C'est pourquoi, on attendait avec une impatience pénible que le groupe offre enfin un successeur à cette pièce d'anthologie. Trois ans d'attente. C'est long. Et finalement, Köld montre enfin le bout de son nez glacé par le froid. Un visuel, frissonnant, poétique et mortuaire, écrin parfait pour une musique qui a la capacité rare de congeler sur place un caribou. Avec intelligence, les Islandais réussissent le tour de force de tracer à nouveau un sillon identique sans pour autant se répéter. Ils renouvèlent leur art et surprennent toujours, comme le démontre "78 Days In The Desert", hall d'entrée de cet édifice dont une vie entière ne suffirait pas à en faire le tour, tant il y aura toujours, une pièce, un recoin jusqu'alors inexplorés. Traçant désormais leur propre voie, ces musiciens n'ont donc pas peur de débuter avec un instrumental de près de dix minutes d'une beauté vertigineuse qui justifie à lui seul l'achat de cet album.

Solstafir prend son temps pour poser des atmosphères, les développer et emplir l'espace comme nulle autre avant lui. Ces longues pistes ont cette faculté rares de se déployer vers l'infini. l'Absolu. Mais contrairement à son compatriote Sigur Ros, dont il est parfois assez proche, le groupe reste, lui, bien ancré dans le metal, témoin, cette lourdeur qui fait plus qu'affleurer à la surface. Mais, Köld, comme son aîné direct, a cela de particulier qu'il fusionne pesanteur et légèreté évanèscante.

Irrigués par des guitares hypnotiques qui tissent une toile dont chaque fil est une larme de mélancolie, ces huit titres sont des monuments, à la fois puissants, tragiques et d'une froideur palpable. Le douloureux "She Destroys Again" ou le fébrile "Pale Rider", dont les claviers semblent provenir directement des années 70 sont ainsi deux perles émotionnelles prises dans une gange de givre. Et plus le disque progresse, plus un désespoir pétrifié s'étend tel un mal insidieux, une gangrène de tristesse. Après un "Necrologue" malsain, le déchirant "World Void Of Souls", d'où ruisselle un profond désespoir, véhiculé notamment par cette voix plus parlée que chantée, dérive lancinante et crépusculaire aux confins du doom. Plus accessible, "Love Is The devil (And I Am Ine Love)" est une sorte de chanson d'amour décalée très noire et précède le terminal "Goddess of The Ages", lente complainte désenchantée qui a la couleur de la neige sous la pluie et achève l'écoute sur une note poignante et pleine de regret. Immense.

Encore un chef-d'oeuvre à mettre à l'actif de ses Islandais dont l'origine géographique singulière explique peut-être pourquoi leur musique l'est tout autant... (cT2009)

TRACKLISTING
  1. 78 Days In The Desert 08.34
  2. Köld 08.59
  3. Pale Rider 08.05
  4. She Destroys Again 07.12
  5. Necrologue 08.30
  6. World Void Of Souls 11.51
  7. Love Is The devil (And I Am In Love) 04.43
  8. Goddess Of The Ages 12.41
TOTAL RUNNING TIME : 70.35

SOLSTAFIR

Islande Origine
Post Rock/Viking Genre
1994 Formation
MySpace






Disco
Í Norðri (1995/Demo)
Til Valhallar (1996/EP)
Í Blóði og Anda (2002)
Black Death (2002/EP)
Masterpiece of Bitterness (2005)
Köld (2009)

BIENTOT DANS LES BACS : RED SPAROWES - The Fear Is Excruciating, But Therein Lies The Answer



Sargent House - 06.04.2010
Instrumental Post Rock

  1. Truths Arise
  2. In Illusions Of Order
  3. A Hail Of Bombs
  4. Giving Birth To Imagined Saviors
  5. A Swarm
  6. In Every Mind
  7. A Mutiny
  8. As Each End Looms And Subsides

A DECOUVRIR - Between The Zones





  • C'est qui ? Between The Zones
  • C'est où ? France (Montpellier)
  • C'est quoi ? Post rock indus
  • Quoi d'autre ? Un EP, Almost, dispo sur la page MySpace du groupe

THE FUTURE KINGS OF ENGLAND - The Fate Old Mother Orvis (2007)


BlackWater
8/10











L'âge d'or des Pink Floyd, Yes et autre Genesis a beau être désormais recouvert d'une bonne couche de poussière, on ne compte pourtant plus les palettes entières de groupes qui ne cessent de se réclamer de leur héritage. C'est bien en écoutant par exemple The Future Kings Of England que l'on mesure notamment l'influence que ces dinosaures ont pu et peuvent donc encore avoir aujourd'hui. 

THE FUTURE KINGS OF ENGLAND


Royaume-Uni Origine
Rock progressif/Post Rock Genre
2002 Formation
MySpace






TOUNDRA - I (2009)


Basement Apes Industries
8.5/10











Ne pas se fier à son nom qui évoque quelque paysage septentrional ni au visuel de son premier galop d'essai longue durée, Toundra est né sous le soleil de Madrid. Bénéficiant aujourd'hui d'une seconde vie, cet album éponyme a donc été en réalité publié une première fois l'an passé. On ne remerciera jamais assez Basement Apes Industries pour nous offrir cette (re)découverte car on tient là un petit bijou qui devrait en faire bander pas mal.




Probablement arrimée à la mouvance post rock instrumental (Pelican, Red Sparrowes), la musique des Espagnols noue en fait bien plus de lien avec le post doom des Caldera et autre Capricorns, les vibrations négatives en moins toutefois. Sur un substrat ainsi vierge de chant, Toundra galope avec des guitares qui ont l'art et la manière de toucher la corde sensible. Ses compositions ont du relief et possèdent cette faculté rare dans le genre de ne jamais paraitre ennuyeuses. Au contraire, elles évitent le piège de la brise atmosphérique (qui réussit néanmoins très bien à certains) pour constamment s'arc-bouter sur une terre ferme et dynamique comme elles savent dépasser l'alternance par trop téléphonée entre explosion et plénitude.

Dès "Bajamar", superbe montée en puissance propulsée par une seconde partie du feu de dieu, on se rend compte que l'on n'a pas ici à faire à un simple clone des géants américains. Entre intensité et mélancolie, Toundra a de l'énergie et une façon très fluide d'écouler une trame aux multiples contours. Souvent d'une belle sobriété (le squelettique "Pleamar"), le groupe atteint la jouissance absolue lors du fiévreux "Medusa", sans doute la pièce la plus bouleversante - et la plus longue - de cet opus. Pilotée par des riffs sécrétatoires d'un désespoir inexorable, elle s'envole très haut, malgré une batterie mangeuse d'espace.

"Orbita" est un crescendo sismique qui démarre de manière épurée avant de prendre de l'ampleur peu à peu. La tension est là, mais larvée, on croit qu'elle ne libérera pas son énergie électrique, ce qui survient pourtant à l'approche de ses mesure terminales. Suivent deux pulsations plus râblées mais cependant tout aussi belle à en pleurer : "Jauria" et surtout l'entêtant "Genesis", secoué de riffs qui vrillent les chairs et donnent des frissons. Enfin, l'album meurt sur une respiration cristalline, "Tesalia".

Equilibré et d'une grande cohérence, Toundra tutoie le chef-d'oeuvre. Tout simplement. Sans doute pas vraiment du doom pour les puristes, mais le quatuor fait partie de ces groupes qui s'alimentent auprès du genre, auprès de son fluide vital que, par là-même, ils entraînent dans une autre voie, moins lancinante ou mortuaire mais tout aussi belle et plus désenchantée que crépusculaire. Un de mes coups de coeur de cette fin d'année. A découvrir d'urgence !

TRACKLISTING
  1. Bajamar 05:01
  2. Pleamar 03:19
  3. Medusa 07:45
  4. Orbita 07:29
  5. Jauria 05:30
  6. Genesis 05:46
  7. Tesalia 03:15
TOTAL RUNNING TIME 38:16
MySpace Disco



BIENTOT DANS LES BACS : KAUAN - Aava tuulen maa




Firebox - 18.11.2009
Folk/Post Rock
MySpace
  1. Ommeltu polku 04:57
  2. Valveuni 10:36
  3. Föhn 10:12
  4. Sokea sisar 12:32
  5. Neulana hetkessä 10:36

THE ATLAS MOTH - A Glorified Piece of Blue Sky (2009)




Les étiquettes, c'est chiant. Ca gratte et en plus, alors que c'est censé vous individualiser, ça ne fait au contraire que vous enfermer dans une case dont vous restez prisonniers !

The Atlas Moth a écopé de l'étiquette "sludge doom US". Bien. Sauf que les Américains sont aussi à l'étroit dans ce créneau bien embouteillé que Guy Carlier dans une Fiat 500 ! Certes, le collectif aligne comme des pinces à linge sur un fil la plupart des invariants propres au genre (vocaux vindicatifs décapés avec du Destop, riffs pachydermiques qui dressent une verge dure et tendue, tempo coulé dans une flaque de mazout...) mais il sait surtout dépasser ce style, le transcender. Ce qu'il réussit en le faisant copuler avec des ingrédients empruntés à d'autres. Bref, The Atlas Moth ne reste jamais inféodé aux Tables de la loi, il pense par lui-même. Il est libre. Démonstration avec sa première éjaculation de soufre, A Glorified Piece Of Blue Sky.

Dès le titre d'ouverture que l'on prend tout d'abord pour un instrumental, on comprend que l'on n'a pas ici à faire à de simples suiveurs. Bruitiste, ambient, "A Night In Venus' Arms" prend peu à peu forme, se déploie avec des guitares suintant la mélancolie par toutes les cordes et un chant aux tessitures variées. Suit le morceau éponyme qui lui aussi sait changer en cours de route de direction. Après une première partie très sludge, il se pare ensuite de couleurs plus post rock (à l'instar aussi du décharné "Jump Room To Orion"). "Grey Wolves" est propulsé par un groove quasi hypnotique, tandis que le fabuleux "Our Sun, Our Saviour", cosmique à souhait, ouvre les cuisses vers une intimité franchement psychédélique, cependant que ses riffs se voilent d'une pellicule atmosphérique bien que goudronneuse.

Chaque titre secrète des richesses. Loin du monolithisme souvent de mise dans le sludge doom (ce n'est pas une critique), ils savent combiner divers éléments, diverses couches qu'ils empilent pour former un tout cohérent et personnel. Ainsi, ces Ricains n'hésitent pas à tutoyer le pur heavy metal, comme le démontrent les harmonies émaillant le tellurique "One Amongst The Wheat Fields", dont le final est englué dans une épaisse couche de désespoir. Le groupe accède à l'orgasme lors de la pièce terminale longue de dix minutes, "... Leads To A Lifetime On Mercury", qui en synthétise toutes les facettes : riffs ruisselant de tristesse, chant qui explose son mal-être ainsi que cette façon de mélanger les positions et les corps du post rock, du doom, du heavy et de l'ambient pour son final, avec un brio rare. Avec une bonne dose de lubrifiant aussi.

Nouveau venu, The Atlas Moth a du potentiel, des idées et de la réussite ce qui lui permet d'accoucher d'un galop d'essai certainement annonciateur de plus grandes choses encore. Une bonne découverte en définitive, bien supérieure à ce que l'on aurait pu croire de prime abord. Ah, ces étiquettes.... (cT)

TRACKLISTING
  1. A Night In Venus' Arms... 06:06
  2. A Glorified Piece Of Blue-Sky 06:09
  3. Grey Wolves 03:53
  4. Our Sun, Our Saviour 05:22
  5. Extraordinary Claims Require, Extraordinary Evidence 06:42
  6. One Amongst The Wheat Fields 04:43
  7. Jump Room To Orion 06:58
  8. ...Leads To A Lifetime On Mercury 10:04
TOTAL RUNNING TIME 49:57


USA Origine
Sludge Doom Genre
2007 Formation
MySpace
Disco
Pray For Tides (2008/EP)
A Glorified Piece Of Blue Sky (2009)



YAWNING SONS - CEREMONY TO THE SUNSET (2009)

Lexicon Devil Records - 7.5/10



Encore une fois, l'étiquette dorée "feat. members of Kyuss, Queens Of The Stone Age, Desert Sessions" ne doit pas vous tromper. Alors certes Scott Reeder, puisque que c'est (notamment) de lui dont il s'agit, est bien de l'aventure mais il se contente de poser sa voix sur un des titres qui sont en réalité le fruit d'une rencontre, celle de l'américain Gary Arce, guitariste de Yawning Man et des anglais de Sons Of Alpha Centauri. De cette union, est donc né Yawning Sons (ça ne s'invente pas) qui enfante avec Ceremony To The Sunset son premier bébé, un bébé auquel on peut d'ors et déjà prédire un avenir radieux.
En sept respirations à la croisée du post rock, du progressif des années 60 et 70 (le groupe mentionne parmi ses influences le Pink Floyd époque Syd Barrett, Tangerine Dream...) et du stoner psychédélique et enfumé, ce nouveau projet dessine un univers séduisant et déjà personnel. Cet album est à l'image de son écrin visuel : beau, limpide, pur et avec une certaine mélancolie sourde, une noirceur voilée. Crépusculaire et aérien à la fois donc.
Les titres sont longs ; ils prennent leur temps pour se déployer, pour répandre leurs atmosphères, leurs couleurs. Ils ont quelque chose de voyages stratosphériques, planants et insaisissables. "Ghostship Deadwater", porte d'entrée entêtante idéale, illustre bien le style de Yawning Sons. Une longue exposition, esquissée par les guitares, puis un chant, féminin, celui de Wendy Rae Fowler que les amateurs de la famille Queens Of Stone Age/Mark Lanegan connaissent bien, une voix emplie d'une fébrilité étrange qui survole, flotte dans un espace aux contours évanescents. Mais loin des vocalistes habituellement de mises, elle trempe sa tessiture dans un vrai désespoir. Enfin, le titre meurt comme il a débuté.
Le groupe aime les longs développements, les structures qui se délient lentement. Qu'il affectionne les trames instrumentales ne surprend donc pas. "Tomahawk Watercress", "Westlands" et le grisant et somptueux "Japanese Garden" sont ainsi des pistes de décollage pour des guitares qui larguent les amarres de la terre, bien qu'elles soient chargées d'une tristesse lumineuse que la section rythmique qui les seconde ancre toutefois dans un sol aride. Enfin, des claviers aux relents psyché teintent le tout d'arrangements hypnotiques discrets mais essentiels. De fait, assurées par trois invités chacun chargé d'un morceau, les lignes vocales sont plus là pour accompagner les instruments que pour les guider et faire corps avec eux. Elles se révèlent pourtant superbes comme sur le fragile "Meadows", presque squelettique et minimaliste et lui aussi révélateur d'une identité qui préfère la suggestion à la démonstration. Chez Yawning Sons, rien n'est appuyé, tout est très légèrement souligné. Une justesse de touche, une sobriété, à l'instar aussi de "Garden Sessions III".
Voilà une œuvre envoûtante et cristalline, propice à l'introspection. Une invitation au voyage, quel qu'il soit. (CT)

Chronique à lire aussi sur Haven Metal.

TRACKLISTING
  1. Ghostship Deadwater / 08:54
  2. Tomahawk Watercress / 07:21
  3. Wetlands / 07:06
  4. Whales In Tar / 02:46
  5. Meadows / 08:31
  6. Garden Sessions III / 05:51
  7. Japanese Garden / 05:41
TOTAL RUNNING TIME : 46:16
DAWNLOAD

USA/Royaume-Uni ORIGINE
Post-Rock/Stoner GENRE
2008 FORMATION
MYSPACE
DISCO
Ceremony To The Sunset (2009)



BLINDEAD - AUTOSCOPIA/MURDER IN PHAZES (2008)

Deadline Records - 8/10



Polonais de sang peut-être, Blindead est par contre plutôt américain de coeur. Avec à son bord pas mal de mercenaires de la scène extrême nationale ayant oeuvré aussi bien pour Behemoth, Yattering, Neolithic ou Crionics pour n'en citer que quelques uns, ce groupe forge, depuis 2003 sous ce patronyme et depuis 1999 sous celui de Incorrect Personality un doom évolutif ultra pesant qui n'est souvent pas sans convoquer les chantres du post-rock US. Le chant, rugueux et agressif, participe notamment de cette filiation, évidente dès le titre d'ouverture de ce deuxième album, "Phaze I : Enlightenment". En outre, les climats viciés et suffocants au souffle apocalyptique magnétique sculptés par les Polonais tendent également une perche vers toute cette frange du doomcore à la Neurosis, Isis, Minsk. Comment ne pas songé à ceux-ci à l'écoute du cependant grandiose "Phaze III : Blood Bond". Même lignes vocales au désespoir chevillé à la gorge, mêmes courbes rythmiques, mêmes riffs en forme de scalpel, mêmes ambiances granitiques sur fond de roulement de batterie au bord de la transe.
Pour autant, on ne saurait réduire Blindead à une simple photocopie de ce que font ses compères d'outre-Atlantique, aussi réussies soit-elle. Le collectif apporte une touche sans plus progressive encore à ce matériau pétrifié. Basés sur un relief torturé et tortueux aussi brûlant que la roche volcanique, ces morceaux de lave massifs et généralement assez longs, comme le réclame le genre, répondent à un mode opératoire complexe qui fusionne lourdeur terrassante et sens des atmosphères terminales. Subdivisé en plusieurs tronçons, Autoscopia/Murder In Phazes, reptation maladive à travers les décombres d'une humanité proche du chaos, semble suivre une trame précise, une trajectoire funeste. Ces sept titres, drapés dans des nuages d'effets et d'effluves hypnotiques, ont de fait quelque chose d'un labyrinthe vertigineux qui serpente entre explosions de rage et passages plus posés mais néanmoins toujours gangrenés par une mélancolie poisseuse dont le guide sont ces guitares douloureuses. Du haut de ses dix minutes, "Phaze II : Phenomena" illustre très bien cette propension qu'à le groupe pour balader l'auditeur entre deux pôles car il dessine un paysage figé dans la tristesse et traversé de fêlures noires et profondes. Et lorsque des espaces mortifères suspendus au-dessus du vide le cisaillent lors d'une dernière partie qui atteint une dimension tellurique aussi gigantesque qu'envoûtante, la fin du monde n'a jamais paru aussi proche.
Si le chant quand il est clair et aérien, confère à ce canevas une lumière salvatrice planante bien qu'éphémère, Autoscopia/Murders In Phazes est un bloc, un concentré de matière brute qu'il est préférable d'aborder dans sa totalité plutôt que par petits bouts, pour pouvoir pénétrer son noyau et goûter l'essence de son fluide vital, chaque titre formant une marche vers des arcanes ténébreuses, qu'incarne le monumental "Phaze IV" qui ouvre durant plus de douze minutes, les vannes d'une souffrance inexorable, derrière laquelle est pourtant tapi une beauté presque irréelle. Le chanteur y explose sa rage, les riffs pleurent une résignation absolue avant que la complainte ne meurent sur un fracas d'effets cosmiques noyés dans la réverb' à la limite de la cacophonie et de l'ambient nébuleux.
Bien entendu, on ne peut nier que les Polonais arpentent des excavations déjà balisées par d'autres avant eux, cela ne les empêchent toutefois pas d'accoucher d'un très grand disque dont on est pas près d'avoir fait le tour. Une découverte.

Chronique à lire aussi sur Haven Metal.

TRACKLISTING
  1. Phaze I: Enlightenment / 7.07
  2. Phaze I: Abyss / 6.30
  3. Phaze II: Symmetry / 6.10
  4. Phaze II: Phenomena / 11.33
  5. Phaze III: Blood Bond / 9.07
  6. Phaze III: A Nice Night for a Walk / 6.04
  7. Phaze IV / 13.29
TOTAL RUNNING TIME : 60.00
DAWNLOAD

Pologne ORIGINE
Doom/Post Rock GENRE
2003 FORMATION
MYSPACE
DISCO
Dig For Me... (2003/Demo)
Devouring Weakness (2006)
Autoscopia/Murder In Phazes (2008)
Impulse (2009/EP)




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Chroniques à venir :
The Dreamside - Lunar Nature, Ayin Aleph - II, Antrabata - Dark & Bright, Brainstorm - Just High No Lows, Klaus Schulze - La vie électronique 4, Losing Scarlet - Losing Scarlet, Be'lakor - Stone's reach, The Last Embrace - Aerial, Makajodama - S/T, Caprice - Six Secret Words, Dark Sanctuary - S/T, Wedingtoh - Candlelight, Charred Walls Of The Damned - S/T ...
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