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167 Chroniques depuis le 20 mars 2009

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LA CAVE DE CHILDERIC THOR : DEVIN TOWNSEND - Ki (2009)

Inside Out - 7/10

On avait bien senti que, ces dernières années, ça n'allait plus très fort pour Devin. Entre un Strapping Young Lad - projet qui ne lui convenait plus - qui virait de plus en plus à l'autoparodie, à la mauvaise blague, le sabordage du Devin Townsend Band et un Ziltoid The Ominiscient, certes sympathique, personnel (comme toujours) et fun mais peu ambitieux, le Canadien donnait l'impression de s'être égaré et donc, de plus que jamais se chercher.

Comment va-t-il aujourd'hui ? Ses albums étant de véritables miroirs de son état d'esprit du moment en même que de sa santé (mentale), de fait Ki nous rassure. Annoncé comme le premier volet d'un ensemble de quatre opus (!) à la fois différents et très certainement complémentaires qui devraient voir le jour d'ici la fin de l'année, il montre un Devin Townsend enfin apaisé, posé et en phase avec lui-même, avec ce qu'il est.

Ces treize chansons (sur un total de 47 en tout, en sachant qu'il en avait composé au départ 65), plus proches d'un rock atmosphérique que du metal, et encore moins du progressif, genre dans lequel le musicien est aussi à sa place que Sarkozy à un meeting du NPA, risquent d'en décevoir pas mal. Car si l'empreinte du Canadien se veut toujours bien présente (comment pourrait-il en être autrement ?), comme l'illustrent les premières mesures de "Disruptr" par exemple cependant que l'on pense parfois à Terria, comme lors de l'écoute de son morceau éponyme, Ki surprend par son apparent (et faux) manque de puissance. Corollaire de cette observation, il déçoit tout d'abord. A l'instar de maints grands disques, il réclame nombre de préliminaires pour le pénétrer en profondeur. mais, une fois bien au chaud dans la chair de son intimité. Tout y est en vérité épuré, feutré et réduit à une expression simple, qui ne veut pas dire simpliste.

Cette évolution est le fruit notamment du récent travail de Devin sur cet instrument qu'est la basse (un titre tel que "Heaven Send" s'en ressent), sur le silence parfois aussi important que les notes que l'on joue. Il ne ressent plus le besoin de faire le maximum de bruit ou d'éjaculer une cascade de gammes, quand bien même le solo qu'il lâche sur "Heaven Send" est tout à fait digne dans sa folie de son ancien mentor Steve Vaï.

Néanmoins, Townsend n'est pas Malmsteen. Contrairement au Suédois, son jeu est pourtant gorgé de cent fois plus de feeling. Il suffit d'écouter le pointilliste "Terminal" pour s'en convaincre. Il est une brise délicate, pleine de justesse, parfois proche de certains travaux de Steven Wilson. Aucune saturation, seulement quelques notes égrenées avec émotion et un sens de l'économie admirable. Ce dépouillement pourrait être austère, il n'est que grâce et pureté. Cet album regorge de puissance mais celle-ci nait en fait du silence, d'un calme apparent. On pourrait presque parler de force intérieure, souterraine.

Des perles d'écriture, belles comme un chat qui dort, telles que "Coast", "Gato", l'instrumental aérien "Ain"t Never GonnaWin...", très seventies dans l'esprit avec ses effets à la wah wah, les lents "Winter" et "Lady Helen" se drapent presque dans un voile fantomatique au point d'en devenir insaisissables tandis que Devin n'a pas résisté à glisser de ci de là quelques curiosités comme il en a le secret, témoin de ses goûts éclectiques, à l'image de l'étonnant "Trainfire" (lequel, d'ailleurs, aurait sans mal pu apparaître sur le délirant Infinity) qui le voit crooner de la plus belle des manières ou le quasi pop "Quiet Riot".

Voilà donc un disque d'une très grande richesse, malgré la grande cohérence qui le traverse, introduction et trait d'union avant les autres pans que l'on hâte de découvrir et sans doute ce que Devin Towsend a offert de plus abouti depuis Synchestra, voire même Accelerated Evolution. (cT2009)

TRACKLISTING
  1. A Monday / 1.42
  2. Coast / 4.35
  3. Disruptr / 5.49
  4. Gato / 5.23
  5. Terminal / 6.58
  6. Heaven Send / 8.54
  7. Ain't Never Gonna Win... / 3.17
  8. Winter / 4.47
  9. Trainfire / 5.58
  10. Lady Helen / 6.05
  11. Ki / 7.20
  12. Quiet Riot / 3.02
  13. Demon League / 2.54
TOTAL RUNNING TIME : 66.50



BIENTOT DANS LES BACS : MOSTLY AUTUMN - Go Well Diamond Heart

Label : Mostly Autumn Records
Date : 2010 (en pré-commande)
Genre : Rock Progressif
Origine : Royaume-Uni
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LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ASTRA - The Weirding (2009)

Rise Above - 9.5/10

Mais comment fait-il ? Oui, comment fait le vénéré Lee Dorrian, chanteur de Cathedral (précision destinée aux puceaux) et accessoirement boss du label Rise Above, pour régulièrement dénicher des groupes qui semblent s'être faufilé à travers une brèche temporelle ? Après Circulus, Diagonal ou Blood Ceremony, c'est aujourd'hui Astra qui vient grossir le rang de ces Marty McFly du rock.

Basé quelque part vers San Diego, l'équipe a vu le jour au début des années 2000. A l'écoute de The Weirding, son premier voyage à travers le temps et concept-album chevauchant le thème de la mort et la contemplation de celle-ci, cela ne saute pourtant pas aux oreilles ! Tout ici donne l'impression d'avoir été composé et capturé il y a près de quarante ans. Patine sonore chaude et organique, longues dérives stellaires au maillage instrumental virtuose et stratosphérique, flute, mellotron, orgue hammond : tout est là. Sans oublier la pochette à l'esprit Yes et Asia évident.

Cet album est une véritable leçon de rock progressif antédiluvien anglais, celui des pères fondateurs : Yes donc, mais aussi Camel, Genesis, King Crimson... Par moment, Astra tend une perche vers les Beatles pour certaines harmonies vocales ("Beyond To Slight The Maze"), cependant que la voix de canard enrhumé à la Ozzy convoque le spectre du Sabbat noir époque Sabbath Bloody Sabbath (sur "The Weirding" notamment), soit la rencontre entre heavy metal et progressif et presque les prémices d'un genre qui ne verra le jour que bien plus tard.

D'entrée de jeu, le canevas se fait jouissif avec le superbe instrumental "The Rising Of The Black Sun", pandemonium orgiaque de plus de près de six minutes. Les Américains prennent leur temps et leurs échappées aiment généralement à se déployer sur la durée, l'apothéose en même temps que l'apogée, étant atteinte lors du monumental "Ouroboros" qui du haut de ses 17 minutes vous entraîne dans une joute instrumentale dantesque et ébouriffante, vertigineuse parthouze démonstrative (dans le bon sens du terme, s'entend) qui s'envole très haut vers le septième ciel.

Mais loin du progressif froid et calculateur, Astra se nourrit de l'essence même de ses aînés pour qui l'émotion épousait toujours une technique jamais utilisée uniquement pour elle-même. Tout comme le très beau "The Dawning Of Ophuichus", le diaphane "Silent Sleep" illustre bien ce trait de caractère et ce, en dépit de ses affolantes ouvertures dessinées par guitares et claviers démentiels. Baignant dans des nappes électroniques dégoûlinantes et hantées, ces pièces dans la grande tradition du genre ont quelque chose de pistes de décollage qui tutoient leurs modèles ("Yes pour The River Under", Camel pour les lignes de guitares de "Ouroboros"...) tout en évitant le piège de la photocopie facile. Car plus qu'un hommage, habile certes, The Weirding sait renouer avec l'âme du rock progressif des seventies mais n'en oublie pas pour autant de peindre les contours d'une personnalité qui lui est propre et ce faisant témoigne que ses géniteurs ont parfaitement su digérer un genre que l'on a longtemps cru obsolète mais qui n'en finit plus de faire des émules.

Cet album s'impose d'ors et déjà comme une des pierres angulaires du style et comme l'une des oeuvres maîtresses de l'année 2009. Tout simplement. Les amateurs peuvent se jeter dessus les yeux fermés, sans aucune hésitation : orgasme garanti ou remboursé ! (cT2009)

TRACKLISTING
  1. The Rising Of The Black Sun / 5.44
  2. The Weirding / 15.27
  3. Silent Sleep / 10.41
  4. The River Under / 8.41
  5. Ouroboros / 17.23
  6. Broken Glass / 3.45
  7. The Dawning Of Orphicus / 5.29
  8. Beyond To Slight The Maze / 11.36
TOTAL RUNNING TIME : 77.26



BIENTOT DANS LES BACS : STAR ONE - Victims of the Modern Age

Label : Inside Out
Date : 01.11.2010
Genre : Metal Progressif
Origine : Hollande
MySpace

LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ASH RA TEMPEL - Schwingungen (1972)

Ohr - 9/10


Comme il l’a déjà fait avec Tangerine Dream avec lequel il n’aura enregistré qu’un unique opus (Electronic Meditation), Klaus Schulze quitte le navire Ash Ra Tempel peu après avoir gravé le premier jet éponyme. Toutefois les raisons de son départ ne sont cette fois pas les mêmes. Contrairement à ce qui s’est passé avec le groupe d’Edgar Froese, il n’y a aucune divergences musicales entre Manuel Göttsching et lui mais simplement le désir chez Klaus d’être son propre maître car il estime (à raison) qu’il s’agit là d’une condition essentielle s’il veut parvenir à exprimer toutes les idées qu’il a dans la tête.

Le guitariste se retrouve donc seul avec Hartmut Enke. Très vite, ils recrutent un nouveau batteur, Wolfgang Müller et capturent avec l’aide du futur producteur de Scorpions, Dieter Dierks, une seconde galette : Schwingungen. Et comme cela sera toujours le cas avec le groupe qui n’a jamais composé deux fois le même disque, celle-ci se révèle très éloignée de sa devancière. S’il se pare lui aussi d’atours psychédéliques, cet album se veut sans doute un peu moins cosmique, bien qu’il ouvre, à l’instar de Ash Ra Tempel, de nouvelles portes. A ce titre, la principale nouveauté réside dans le recours au chant lequel, loin de rendre la musique du groupe plus accessible, la propulse encore davantage dans des sphères hallucinées.

A un socle instrumental basé sur la guitare aventurière du (désormais) maître des lieux et sur des effluves électroniques aux allures de magma bouillonnant, viennent donc se greffer diverses tessitures vocales, souvent masculines, parfois féminines (celles de la compagne de Manuel, Rosi, qui sera amenée à jouer un rôle plus important sur les opuscules suivants, dont le bien nommé Starring Rosi).

Schwingungen se divise en deux pistes, elles-mêmes scindées en deux parties. « Light And Darkness » débute en toute logique par son versant lumineux (« Light : Look At Your Sun »), sorte de blues hallucinogène assez barré mais qui reste néanmoins le titre le plus normal du lot. En effet, à partir de la face sombre (« Darkness : Flowers Must Die »), longue de plus de douze minutes, une folie rampante prend peu à peu possession de la musique. Vocalises possédées, saxophone schizophrène forment les balises bien peu évidentes d’une dérive complètement déjantée où la guitare comme biberonnée au LSD de Göttsching se montre en définitive plutôt discrète, sauf durant les dernières minutes durant lesquelles elle s’élève très haut dans la stratosphère.

Mais l’Everest de l’album n’est ni plus ni moins que sa plage éponyme, montée en puissance nébuleuse qui s’étire sur près de vingt minutes. A un premier pan onirique (« Suche »), trip spatial qui repousse les limites du psychédélisme dans des contrées inconnues jusqu’alors, succède un second (« Liebe »), instant de magie pure bercé par la voix aérienne, spectrale et insaisissable de Rosi et les interventions planantes de Manuel à la six cordes. Vingt minutes de beauté contemplative qui confine à une telle forme de plénitude spirituelle, que les mots manquent pour les qualifier.

Une œuvre unique, précieuse, encore une fois. (CT)

TRACKLISTING
  1. Light : Look At Your Sun / 6.34
  2. Darkness : Flowers Must Die / 12.22
  3. Suche & Liebe / 19.23
TOTAL RUNNING TIME : 38.25





TERMINAL - Tree of Life (2010)

Witching Hour - 4/10

Du métal progressif: très bien ! Le mercenaire de la batterie Virgil Donati en invité sur deux titres: intéressant ! Des influences galopant de Dream Theater (quelle surprise !) à Planet X avec une louche de rock-métal qui cartonne sur les ondes façon Nickelback pour le chant ou Linkin' Park: mouais, pourquoi pas !

Ca vient de Pologne ! Ca s’appelle Terminal, avec des jeunes gens aux dents longues et "Tree Of Lie" est leur galop d’essai. Les mordus du genre, ceux qui se contentent même des miettes, trouveront probablement matière dans ce menu bien fait à couper leur appétit un temps. Les autres, dont nous faisons partie, jugeront cet album bien fade, l’encéphalogramme résolument plat, à l'image de son visuel d'une désolante banalité.

Ce n'est pas désagréable pour autant, certains morceaux se révélant même sympathiques ("Afterlife", "Together Apart"), mais beaucoup trop de déjà entendu à l'horizon pour emporter l'adhésion. On y croise encore une fois, comme sur mille autres disques, les mêmes plans, les mêmes motifs si chers au prog depuis Dream Theater. Et que dire des tentatives ratées de plaquer des lignes de chants un peu rappées sur "Behind The Mask", ou de pondre une sorte de power-ballade ("Deep Inside"). Le résultat est pénible ! N’est pas Pain Of Salvation qui veut, et on s'en rend cruellement compte à l’écoute de "Tree Of Lie".

Soit, les musiciens n’ont pas à rougir de leur performance, notamment le chanteur Daniel Moszczynski. Cependant une bonne exécution, ainsi qu’une prise de son professionnelle, comme c’est le cas ici, ne suffisent plus désormais. Il faut des idées, du relief, autant de qualités qui font malheureusement défaut aux Polonais. Les quelques arrangements orchestraux ne sauvent pas cet essai de la lassitude. Honnête mais quelconque et vierge de toute larme d’émotion en définitive. (cT2010)

TRACKLISTING
  1. The Beginning 01:48
  2. Afterlife 04:35
  3. Mind Destruction 04:30
  4. Together Apart 03:58
  5. Behind the Mask 04:34
  6. Brand New Sin 05:24
  7. Deep Inside 06:16
  8. The Maze 04:29
  9. Evil Machine 04:42
  10. Tree of Life 03:34
  11. Game of War 04:27
  12. The End 01:38
TOTAL RUNNING TIME 49:56




LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ASH RA TEMPEL - Ash Ra Tempel (1971)

Ohr - 9/10

Si l’œuvre de Klaus Schulze n’est plus à présenter, en revanche beaucoup ignorent qu’avant de se lancer avec la réussite que l’on sait, dans une carrière solo (il jouera plus tard aussi dans Cosmic Jokers, Go…), il a participé à quelques groupes : Psy Free tout d’abord, Tangerine Dream (le temps de la profession de foi Electronic Meditation) et enfin Ash Ra Tempel.

Bien qu’il soit à l’origine de ce dernier, c’est surtout à son guitariste Manuel Göttsching que le projet reste associé. Pas totalement satisfaits de leurs précédentes expériences musicales, Tangerine Dream pour Schulze, le Steeple Chase Blues Band, pour le second, groupes qui bridaient un peu trop leurt créativité, les deux musiciens, accompagnés du bassiste Hartmut Enke décident donc de former Ash Ra Tempel, leur laboratoire sonore ouvert sur l’absolu. Durant trois jours, en mars 1971, le trio s’enferme dans un studio à Hambourg et grave ce qui demeure encore aujourd’hui, l’une des pièces maîtresses du rock planant allemand des années 70, baptisé tout simplement Ash Ra Tempel.

A l’écoute de ces deux longues plages entièrement instrumentales, on comprend mieux pourquoi Klaus Schulze a quitté le groupe de Edgar Froese. En effet, ce premier galop d’essai est une pièce unique et novatrice qui s’affranchit de toutes les règles, notamment celles dictées par les canons anglo-saxons de l’époque. Elle témoigne de la liberté totale qui guide alors ces trois musiciens.

Difficilement desriptible, le disque débute par “ Ambrose ”, d’une durée qui avoisine les vingt minutes, fusion monstrueuse entre la batterie en provenance de la Quatrième dimension de Schulze, également en charge des synthétiseurs avec Göttsching et la guitare infernale de ce dernier. Il s’agit d’un magma sonore bouillonant lâchant un torrent de sons qui semblent venir d’une autre galaxie.

Et que dire de l’inquiétant “ Traummaschine ” (plus de 25 minutes au compteur !), dérive ambiant interminable et cosmique qui ne ressemble à rien de connu ; long crescendo d’abord uniquement guidé par une six-corde opaque et des effluves électroniques, puis rejoint peu à peu par des percussions hypnotiques, cependant que la guitare s’élève de cette masse noire aux contours flous. Cette complainte nous donne l’impression d’être dans un caisson qui dérive dans l’espace. Aucun groupe n’était alors allé aussi loin dans l’expérimentation musicale tandis qu’avec sa Gibson, Manuel Göttsching tisse des lignes mystérieuses inédites à nulle autre pareil.

Curieusement, Klaus Schulze fera le choix de quitter peu après Ash Ra Tempel, mais il a bien deviné que c’est uniquement seul qu’il pourra donner libre cours à sa créativité débridée. Le groupe continura donc sans lui, quand bien même le guitariste et lui collaboreront souvent par la suite, soit au sein de ce projet qui deviendra progressivement la chose de Manuel (Join Inn, Friendship…), soit avec les Cosmic Jokers, soit enfin durant la carrière solo du claviériste (Wahnfried, In Blue…).

Cet essai éponyme est un jalon essentiel de l’évolution du rock des quarante dernières années. (cT2008)

TRACKLISTING
  1. Amboss / 19.40
  2. Traummaschine / 25.24
TOTAL RUNNING TIME : 45.04



ANTONIUS REX - Per Viam (2009)


Considéré comme une des figures tutélaires de la scène progressive italienne, Antonius Rex fait partie de ces groupes qui ne laissent personne indifférent. Admiré par certains pour des morceaux d'anthologie tels que Neque Semper Arcum Tendit Rex (1974) et surtout Zora (1978), détestés par d’autres qui ne comprennent rien à cette musique souvent vierge de lignes vocales, sombre et baroque, l’entité repose sur l’alchimie artistique qui existe entre son leader et guitariste (et accessoirement chanteur) Antonio Bartoccetti et la tout aussi flamboyante claviériste Doris Norton.

Trois ans après l’intéressant Switch On Dark, Antonius Rex enfante encore une fois avec Per Viam d'une œuvre à sa (dé)mesure. Plus mystique que jamais, ce huitième rituel (sans compter les deux opuscules sous le nom de Jacula entre 1969 et 1972) déroule un canevas assez unique, théâtral et mystérieux, dont la charpente sont ces compostions généralement longues - la dernière d’entre elles dépasse ainsi les onze minutes - en forme de labyrinthe dans lesquelles grouillent toutes sortes de bruitages qui leur confèrent des allures de bandes originales de films.

De fait, les premières écoutes de Per Viam peuvent décevoir, distillant une impression d’inachevé, de fourre-tout bordélique. Ne pouvant s’accrocher à un chant qui ne se résume qu’à une poignée de murmures, de rires, voire d’incantations, hormis le temps d’un « Ufdem » plus classique dans sa construction, l’auditeur erre tout d’abord au milieu de ces méandres dominées par les nappes synthétiques que tapisse Doris Norton et le jeu de guitare habité du maître des lieux.

Pourtant peu à peu, le charme opère, une puissance d’envoûtement souterraine invite à replonger dans ces dérives dark progressives au parfum d’ésotérisme trouble. Après une mise en bouche pompeuse dans le bon sens du terme avec ses volutes liturgiques, le morceau éponyme installe tout doucement ses ambiances noires et symphoniques, monte en puissance et finit en un pandémonium démentiel et absolument jouissif.

Comme sur Switch On Dark, c’est tout d’abord Doris qui domine le jeu avec ses notes qui dégoulinent de partout et il faut réellement attendre « Woman of the King » et plus encore « Spectra » pour savourer les lignes pleines de feeling de Antonio Bartoccetti qui fait jaillir de son manche un torrent de notes parfois aux confins du hard rock comme durant le grandiose « Angels & Demons ». Et que dire de sa performance nerveuse sur « Ufdem », que rend encore plus étrange le chant presque androgyne de Doris Norton. Per Viam meurt sur le crépusculaire « Antonius Rex Prophecy », lente conclusion émotionnelle que guide la présence narrative du musicien et la belle emphase d’un piano doucement mélancolique.

Toujours aussi singuliers, les Italiens livrent un grand disque fidèle à leur légende - qui ne fera certes pas l’unanimité - et auquel ils impriment ces atmosphères hypnotiques qui n’appartiennent qu’à eux. Qu’il est agréable de voir un groupe - terme par ailleurs maladroit car il amoindrit toute la portée messianique et cultuelle du duo - qui près de quarante ans après ses premiers balbutiements, continue de travailler son art avec une inspiration quasi divine et toujours aussi foisonnante. (cT2010)

TRACKLISTING
  1. Micro Demons 05:05
  2. Per Viam 06:39
  3. Woman of the King 08:52
  4. Spectra 07:56
  5. Angels & Demons 07:49
  6. Ufde 06:28
  7. Antonius Rex Prophecy 11:14
TOTAL RUNNING TIME 54:13




LA CAVE DE CHILDERIC THOR : OZRIC TENTACLES - The Yumyum Tree (2009)

Snapper Music - 8/10

Revoilà les quatre aliens du space-prog, Ed, Brandi, Vinny et Roy. On les avait quitté en 2006 avec le (comme toujours) déganté The Floor's Too Far Away. Après trois ans d'absence qui n'ont pour autant rimé avec abstinence (le live Sunrise Festival, la réédition en vinyle du classique Jurassic Shift...), les Anglais reviennent donc inondé de leur semence les fumeurs de chicha en quête perpétuelle des paradis artificiels. Ils ne seront pas déçus.

Qu'attendre de la part de The Yumyum Tree ? Le trip habituel. Le grand écart entre fusion, rock, dub, reagae ("Mooncalf")... le grand saut dans la galaxie instrumentale de Ozric Tentacles, détenteur d'une recette unique, ce rock progressif sous acide, spatial plutôt que cosmique, sautillant, naïf peut-être mais qui fait toujours du bien par où ça passe comme une bonne vieille dragée Fucca. Après l'avoir avalé, on se sent mieux, plus léger.

 Comme ses aînées, cette galette aux herbes est un pandemonium orgiaque et humide où les guitares virtuoses copulent dans la bonne humeur avec une basse aux rondeurs appétissantes sur un lit de notes synthétiques qui dégoulinent de claviers surveillés par une batterie stratosphérique. La recette est connue car c'est toujours à peu près la même depuis 1984 et si ce n'étaient ces voiles orientaux qui drapent certaines de ses pistes ("Magick Valley", "Oddweird"), on peinerait de fait à distinguer The Yumyum Tree du reste de la bordélique discographie des ces space rosbifs.

Pas grave, Ozric Tentacles fait son ozric Tentacles et, ça tombe bien, c'est justement ce qu'on attend de lui. Et comme personne mieux que le groupe ne sait aussi bien faire du Ozric, c'est l'orgasme assuré, le point G qui décolle très haut vers le septième ciel. "Oolong Oolong", "Yumyum Tree" ou "Plant Music" sont de vraies pistes de décollage, des propulseurs qui vous catapultent très loin du sol qui brassent une foultitude de sons, de bidouillages, d'influences diverses. Ca pourrait être indigeste, c'est pourtant étonnamment aérien. Rien ne semble arrimer cette musique pour hippies attardés à la réalité, au concret.

Ceux qui ont trop abusé de la branlette vous diront que cela en est justement, de l'astiquage de manches. Sans doute. On ne peut d'ailleurs nier le très haut niveau technique qui confine au vertige des acteurs en présence qui savent utiliser leur membre chaud et toujours lui faire éjaculer une fontaine de notes. Néanmoins, cela n'ôte rien au caractère absolument jouissif que possèdent les voyages en orbite de Ozric Tentacles qui ont de faux airs de jams démoniaques alors qu'il n'y a rien d'improvisé chez eux quand bien même leur art se révèle être une porte ouverte évidente à toutes les transgressions scéniques. Loin d'un assemblage stérile de plans successifs, la trame s'avère constamment fluide, elle suit une ligne qui coule, sans heurt ni rupture. Presque une alchimie.

Pour résumer. Vous aimez le groupe : alors The Yumyum Tree ne vous décevra pas. Il ne vous surprendra pas davantage non plus. Vous êtes réfractaire à son univers : vous pouvez alors continuer de passer de votre chemin... (cT2009)

TRACKLISTING
  1. Magick Valley / 6.42
  2. Oddweird / 6.15
  3. Mooncale / 7.41
  4. Oolong Oolong / 5.54
  5. Yumyum Tree / 9.08
  6. Plant Music / 5.28
  7. Nakuru / 5.39
  8. San Pedro / 6.22
TOTAL RUNNING TIME : 53.09



LA CAVE DE CHILDERIC THOR : ANOTHER LIFE - Memories From Nothing (2008)

Vic Records - 8/10

Il existe une école Dan Swanö. Non seulement bien entendu en matière de death metal, genre qu’il a pris plaisir à triturer dans toutes les directions possibles (mélodique avec Edge Of Sanity, orthodoxe avec Bloodbath, brutale avec Infestdead, progressive sous son propre nom ou carrément cinglée avec Pan.Thy.Monium et Karaboudjan) mais aussi en terme de hard rock mélodique et progressif grâce à Nightingale, son jardin secret et le versant éclairé de son immense talent.

S’il a toujours multiplié les projets comme d’autres les pains, il en va de même des multiples collaborations pour d’autres artistes qu’il n’a cessées d’additionner depuis ses débuts. Ainsi, il n’est pas, à l’instar de Demiurg dans un autre genre, le cerveau de Another Life, pour lequel il se contente (ou plutôt se contentait car il a depuis quitter le navire) de tenir les claviers et autrefois la guitare. Il se charge aussi du mixage et du mastering.

Non, Another Life est le navire de son ami Andreas Karlsson, guitariste chez Ribspreader et Paganizer. Pourtant, Memories From Nothing aurait été signé par Dan Swanö que cela n’aurait rien eu de surprenant. Depuis la voix chaude et profonde de Karlsson jusqu’à cet amour pour les mélodies accrocheuses et élégantes sans oublier cette façon de mourir avec un titre épique (“ Poltava ”), tout dans cet album transpire le gourou suédois au point de pouvoir presque passer pour la nouvelle cuvée de Nightingale, comme l’illustrent les superbes “ Falling Apart ”, “ The End Of Days ”, “ The Everflow ” ou bien encore l’enlevé “ Everlasting ”.

On y croise donc ce hard rock puissant, gentiment mélancolique (“ Firstborn Unicorn ”, “ Cotton Pines ”), mâtiné d’une louche de progressif américain (trop) propre sur lui, celui des Kansas et autre Styx (“ I am Nothing ”) voire aussi du Rainbow des années 80 quand le groupe de Ritchie Blackmore se teintait d’influences AOR.

Vu le palmarès de ses géniteurs, Memories From Nothing est forcément bien fait, très bien fait même et devrait donc ravir les amateurs du genre, auxquels je conseille l’édition limitée qui renferme un second disque comprenant les démos du groupe - Another Life de 2003 (“ Concealed By Fright ”, “ Reflections ”, “ Cotton Pines ”) et Melancholia de 2004 (“ Lifetime ”, “ Time ”, “ Standing Pale ”) et des inédits acoustiques (“ Empire ”, “ Tree Of Existence ”). Verdict : neuf compos (sans les bonus) et rien à jeter.

Sans doute pas un chef-d’œuvre, mais un album de très bonne facture, collection d’excellentes chansons toutes pourvues d’un refrain imparable, d’une mélodie qui s’accroche à votre mémoire comme une moule à un rocher, quand bien même Another Life gagnera certainement à s’émanciper à l’avenir de l’influence tutélaire de son père spirituel pour pouvoir s’enrichir d’une identité plus affirmée. Mais en l’état, on tient là déjà un très bon groupe. (CT16)

TRACKLISTING
DISC 1
  1. Falling Apart / 5.01
  2. The End Of Days / 3.40
  3. The Last Goodbye / 4.42
  4. Firstborn Unicorn / 5.34
  5. Cotton Pines / 4.21
  6. Everlasting / 3.53
  7. I Am Nothing / 5.13
  8. The Everflow / 3.45
  9. Poltava / 7.15
TOTAL RUNNING TIME : 43.24

DISC 2
  1. Empire / 4.46
  2. Tree Of Existence / 4.03
  3. Concealed By Flight / 5.13
  4. Reflections / 5.36
  5. Cotton Pines / 4.25
  6. Lifetime / 2.17
  7. Time / 5.18
  8. Standing Pale / 4.40
  9. Tree Of Existence [Unicorn version] / 3.46
TOTAL RUNNING TIME : 40.04




LA CAVE DE CHILDERIC THOR : THE WISHING TREE - Ostara (2009)

Intact Records - 8/10

Je ne sais pas pourquoi, mais il y a des groupes comme ça qu'on a tout de suite envie d'aimer, d'en dire beaucoup de bien... The Wishing Tree, par exemple. Pourquoi The Wishing Tree ? Pour Steve Rothery déjà, grand guitariste discret, injustement mésestimé et pourtant l'une des pièces essentielles du son Marillion. Pour Hannah Stobart, forcément, chanteuse dont le talent n'a égal que la beauté. Ce serait mentir que de ne pas reconnaître que sa plastique avantageuse et affolante est pour beaucoup dans le magnétisme que dégage ce duo à destination du public mâle. Sans elle, on aurait sans doute été moins enclin à s'y intéresser. Soyons honnête.

Ca serait dommage pourtant car la blonde a surtout une très belle voix , aérienne, crystalline. Une brise poêtique qui, conjuguée à l'écriture (à laquelle du reste elle participe aussi) du guitariste aboutit à une sorte de pop progressive élégante, délicieuse et mélancolique.

Treize ans après un premier essai, l'acclamé Carnival Of Souls, le tandem se retrouve le temps de ce Ostara superbe et délicat. Huit perles touchées par la grâce et autant de véhicules pour la caresse vocale de la belle Hannah, derrière laquelle Rothery se place volontairement en retrait comme il l'a toujours fait d'ailleurs et ce, malgré un touché classieux et plein de finesse, à l'image du magnifique "Seventh Sign".

Cet album est une petite merveille dont la simplicité cache un remarquable travail de composition et d'arrangements, déambulation rêveuse et romantique qui fait du bien tout simplement. Joliement rock, ces titres sont tous de petits bijoux d'orfèvrerie et de justesse de ton tel que le quasi folk et légèrement ethnique "Ostara" (le meilleur du lot certainement) et qui n'est pas sans évoquer parfois le fantôme de Led Zeppelin, époque Physical Graffiti. Le jeu de Steve y fait penser. Et cette voix. Cette voix qui vous donne des frissons.

Citons aussi l'ensorcelant "Easy", le mélancolique et très progressif "Hollow Hills" "Fly", chaloupé et émotionnel ou la ballade acoustique et diaphane "Soldier", belle comme un chat qui dort. Je pourrais poursuivre cette litanie jusqu'à avoir fait le tour entier du propriétaire car de toute façon tous les titres mériteraient d'être évoqués...

Bon tout ça n'est bien entendu pas très musclé mais ceux qui aiment Blackmore's Night ou Mostly Autumn et bien sûr Marillion, devraient très vite être séduit par cet album dont le seul défaut, hormis celui d'arriver avec plus de dix ans après son aîné, s'avère être sa trop courte durée (43 petites minutes). On aurait bien aimé (pour une fois) écouter quelques chansons supplémentaires. Espérons enfin que The Wishing Tree n'attende pas si longtemps pour lui donner un petit frère...

TRACKLISTING
  1. Ostara / 5.16
  2. Easy / 5.26
  3. Hollow Hills / 6.21
  4. Seventh Sign / 5.43
  5. Falling / 5.55
  6. Fly / 4.41
  7. Kingfisher / 4.16
  8. Soldier / 5.16
TOTAL RUNNING TIME : 43.14



LA CAVE DE CHILDERIC THOR : KLAUS SCHULZE - La vie électronique 2 (2009)

Spv - 9/10

Alors que le premier volet offrait tout de même une longue pièce inédite ("I Was Dreaming...") pouvant intéresser les geeks du maître allemand, La Vie Electroniques 2 est malheureusement vierge de raretés. De fait, ceux qui possèdent déjà les Jubilee et Ultimate Edition peuvent passer leur chemin.

Pour autant, cette seconde exploration dans les archives de Klaus Schulze se veut tout aussi passionnante que sa devancière. Si cette dernière arpentait la période 1968-1972, celle qui nous intéresse aujourd'hui balaye quant à elle les années 1972 à 1975, soit une phase matricielle dans l'élaboration du son du musicien. Ainsi, il est instructif d'écouter les trois disques dans l'ordre car ils nous permettent de suivre l'évolution de son travail, depuis les expérimentations cosmiques et froides qui ont donné ce chef-d'oeuvre d'avant-garde que demeure toujours Cyborg, jusqu'aux tissus plus planants, plus atmosphériques qui déboucheront sur Moondawn. On assiste à l'élaboration de son son qui peu à peu se met en place.

Surtout, ces documents font taire un préjugé tenace que ceux qui ne connaissent pas son oeuvre attribuent à Klaus Schulze : si les synthétiseurs forment la trame, la matière première de ses créations, il n'hésite pas pourtant à recourir à bien d'autres instruments. Batteur de formation, quoique dans une veine très libre et expérimentale (il n'y a qu'à réécouter son jeu sur le Electronic Meditation de Tangerine Dream ou sur les premiers Ash Ra Tempel, pour s'en convaincre), Schulze est un touche à tout ; il pratique aussi la guitare, comme en témoigne l'étonnant "Minuet", capturé à Berlin en 1973. De même, sa musique n'est pas (et n'a jamais été) entièrement instrumentale. Là encore, des lignes vocales viennent parfois se greffer aux nappes électroniques qu'il tricotte ("Land der Ieeren Häuser" ).

Comme pour le volet inaugural, trois disques de plus d'une heure chacun sont donc nécessaires pour parcourir la genèse de l'identité de l'Allemand. Le premier d'entre eux se compose de cing pistes. Les 20 minutes de "North Of The Yukon", dont la datation reste lâche (entre 1972 et 1973) naviguent dans les effluves énigmatiques de Cyborg. "Nightwind" (1973) se drape dans des sonorités liturgiques superbes que accompagnent des notes de guitares, comme "Minuet", qui lui succède. "Signs Of Dawn" (1973) est par contre une pièce totalement hypnotique, long voyage aux confins de l'étrange, qui évoque déjà certains maillages du futur Timewind. Enfin, "Study For Philip K. Dick", fait honore à son inspiration : barré, cosmique et gangrené par des bruitages bizarres et des effets passés dans un filtre.

Le deuxième pan affiche trois longus plages, dont la premireè, subdivisée en 6 parties, dépasse les 40 minutes ! Toutes ont elles aussi été enregistrées en 1973. Le gros morceau de ce disque est donc bien entendu ce "Das groBe Identifikationsspeil", dérive interminable (dans le bon sens du terme, s'entend !) et avant-gardiste qui dépeint une paysage de science-fiction. C'est une véritable bande-son visionnaire et l'une des matérialisations en musique les plus justes du cosmos. Aride pour le moins. Vient ensuite l'envoûtant "Titanensee", qui étire sur plus de 20 minutes, un voile aérien et évanescent où l'orgue de Klaus (un Farsifa) renoue avec des accents quasi religieux. Vertigineux, "Electric Love Affaire" achève le disque et annonce lui aussi l'ère Timewind.

Gravé en 1973, "Land der Ieeren Häuser" ouvre le troisième et dernier cd sur une note suprenante avec son chant dont j'ai déjà parlé et ses relents psychédéliques (on pense à Amon Düül 2 par exemple) qui l'ancrent bien dans l'époque qui l'a vue naître. Curieux, tout comme ce "Studies For Organ, Keyboards And Drumset" de 1974 lequel, comme son nom l'indique, est rythmé par des parties de batterie cependant que les claviers de Schulze etendent leur lit de sonorités électroniques enveloppées dans des réverbérations hypnotiques. C'est beau, notamment lorsqu'il déroule une trame nébuleuse qui préfigure clairement les créations à venir, à l'image également de "Memento Mori" et "Blaue Stunde", mis en boîte en 1975.

C'est génial et aussi obligatoire que la Carte Vitale.

TRACKLISTING

DISC 1
Gras
  1. North Of Yukon / 20.43
  2. Nightwind / 16.14
  3. Minuet / 11.38
  4. Signs Of Dawn / 22.38
  5. Study For Philip K. Dick / 8.31
TOTAL RUNNING TIME : 79.44

DISC 2
  1. Das Grobe Identifikationsspiel / 41.53
  2. Titanensee / 27.07
  3. Electric Love-Affair / 10.47
TOTAL RUNNING TIME : 79.47

DISC 3
  1. Land Der Ieeren Haüser / 11.14
  2. Studies For Organ, Keyboards And Drumset / 14.51
  3. Memento Mori / 9.08
  4. Blaue Stunde / 37.52
TOTAL RUNNING TIME : 73.05


LA CAVE DE CHILDERIC THOR : PAIN OF SALVATION - Ending Themes (On the Two Death of Pain Of Salvation) (2009)

Inside Out - 8/10 - MySpace

Lorsqu'un groupe décide de graver un live, cela peut répondre à plusieurs raisons : pause ou fin d'un chapitre notamment c'est selon. Dans le cas de Pain Of Salvation, c'est clairement vers la seconde possibilité que tend Ending Themes - On The Two Death Of Pain Of Salvation.

Publié sous divers formats (double dvd, double cd et coffret réunissant les deux), c'est la version audio que je vais par la présente détailler. Fort d'une carrière déjà admirable, il manquait aux Suédois un vrai témoignage scénique. Alors certes, il y eu en 2004 12:5, mais il s'agissait seulement de relectures acoustiques de leur répertoire, aussi réussies furent-elles. Ending Themes vient donc corriger cette lacune, ce qu'il fait avec panache et une classe folle.

Balayant l'ensemble de la discographie du groupe avec un avantage (forcément) pour le petit dernier, le fabuleux Scarsick (avec six extraits sur seize), cette double ration possède de fait les allures d'un best-of déguisé et je ne saurais donc trop le conseiller à tous ceux désireux de découvrir ce monstre du metal progressif.

Metal progressif, ai-je dis. Les fans de Pain Of Salvation savent bien que cette étiquette se révèle par trop réductrice pour qualifier une musique qui de toute façon a depuis longtemps briser son carcan pour aller goûter à d'autres sources. De même, si Daniel Gildenlöw et son équipe jouent avec un talent immense, jamais ils ne ressentent le besoin d'éclabousser l'auditoire par une virtuosité dont ils sont pourtant détenteurs. Non, le progressif des Scandinaves se conjuguent avec émotion et intelligence. A ce titre, un bijou tel que "Undertow" se veut particulièrement représentatif de l'art de ses auteurs : diaphane, gorgé d'une tristesse infinie mais malgré tout puissant. Bref, on n'est pas chez Dream Theater ici.

On regrettera d'ailleurs que Remedy Lane, dont est tiré ce morceau, ne soit pas davantage honoré - il a droit à trois prélèvements - mais il en va de même de ses collègues. Qu'il est difficile de réduire des oeuvres aussi riches que Entropia, One Hour By The Concrete Lake, The Perfect Element 1 ou Be à une poignée d'extraits ! Pour autant, Ending Themes fait le tour du propriétaire avec justesse et équilibre (même si le contesté Be se limite à seul morceau : "Diffirencia").

Ainsi, tout Pain Of Salvation s'y trouve : son inspiration, son univers, son âme, ses incontournables. A l'image de son artwork en forme d'affiche de film (qui pourrait porté la signature de David Lynch), ce live est un kaleidoscope où se croise, se chevauche, se fracasse un panel d'émotions (colère, mélancolie, ironie...). Si les emprunts à Scarsick sortent encore grandis de l'épreuve de la scène (mention particulière à "Scarsick", "Flame To The Moth" et surtout au douloureux "Cribcaged"), il ne faut pas oublier de mentionner les superbes interprétations de "Nightmist", durant laquelle, Gildenlöw vous file des frissons, des parties II, III et IV de "Brickworks I", "Used" (et sa montée en puissance fiévreuse belle à en pleurer) et de "Chain Sling".

Ending Theme est en définitive une parfaite porte d'entrée pour pénétrer dans le coeur de Pain Of Salvation, en espérant qu'il vous donne l'envie de vous plonger par la suite dans les albums dont il se veut le patchwork... Un groupe unique et rare. (cT2009)

TRACKLISTING
DISC 1
  1. Scarsick / 7.09
  2. America / 5.55
  3. Nightmist / 7.48
  4. ! (Foreword) / 6.47
  5. Handful Of Nothing / 7.43
  6. New Year's Eve / 5.47
  7. Ashes / 5.25
  8. Undertow / 5.11
DISC 2
  1. Brickworks 1 (Part II - IV) / 6.25
  2. Chain Sling / 3.59
  3. Diffirentia / 7.35
  4. Flame Of The Moth / 6.03
  5. Disco Queen / 8.14
  6. Hallelujah [Leonard Cohen Cover] / 9.04
  7. Cribcaged / 6.23
  8. Used / 5.42
TOTAL RUNNING TIME : 105.10

PAIN OF SALVATION

Suède Origine
Progressive Genre
1984 Formation
MySpace





Disco
Hereafter (1996/Demo)
Entropia (1997)
One Hour By the Concrete Lake (1998)
The Painful Chronicles (1999/EP)
The Perfect Element I (2000)
Remedy Lane (2002)
12:5 (2004/Live)
BE (2004)
Scarsick (2007)
Ending Themes (On the Two Death of Pain Of Salvation (2009/Live)
Linoleum (2009/EP)
Road Salt One (2010)

MOSTLY AUTUMN - Live 2009 (2009)

Mostly Autumn Records - 8/10 - MySpace

Généralement et pour faire court, les lives peuvent revêtir au moins deux aspects pour un groupe : une pause soit la fin d’un chapitre. Volontairement ou non, cette double ration en public offerte par Mostly Autumn entre dans la seconde catégorie. En effet, vous n’êtes pas sans savoir si vous suivez l’activité des Britanniques, que leur fabuleuse chanteuse Heather Findlay a depuis quitté la formation pour mener une carrière solo.

De fait, ce live peut à juste titre être considéré comme une sorte de testament. Cette considération mise à part, Live 2009, qui répartit, sur deux disques séparés, un florilège de la discographie du groupe, se révèle absolument inattaquable autant sur le fond (tous les titres sont magnifiques) que sur la forme (l’interprétation et la prise de son, aussi). 

Les relectures sont fidèles, trop peut-être mais on s’enfiche pas mal car c’est un tel plaisir de pouvoir écouter des chefs-d’œuvre tels que « Fading Colours », « Unoriginal Sin », « Simple Ways », « Evergreen », « Carpe Diem », « Broken Glass », "Winter Mountain"… Moslty Autumn est alors au firmament de son talent et à aucun moment on croit déceler une quelconque fébrilité de la part de musicien tous parfaits, Heather et Bryan Josh en tête (forcément). 

Que dire de plus, si ce n’est une avalanche de superlatifs ? Si vous ne connaissez pas ce géant du (hard) rock progressif alimenté à l’école Blackmore, ce live se pose en entrée pratique pour le découvrir, tous les opus, hormis The Lord Of The Rings, étant cités. Une bonne synthèse donc en attendant la suite des évènements.  Une nouvelle chanteuse, Olivia Sparnenn, que les fans connaissaient déjà comme choriste, un prochain album, baptisé  Go Well Diamond Heart, forment la trame du prochain épisode dans la vie de ce groupe aussi talentueux que précieux. (cT2010)


TRACKLISTING
DISC I
  1. Fading Colours 06:40
  2. Caught in a Fold 03:44
  3. Flowers For Guns 05:07
  4. Unoriginal Sin 05:02
  5. Simple Ways 06:36
  6. The Spirit of Autumn Past (Part II) 06:36
  7. Half the Mountain 05:52
  8. Evergreen 08:22
TOTAL RUNNING TIME 47:59

DISC II
  1. Winter Mountain 05:45
  2. The Dark Before the Dawn 04:43
  3. Answer the Question 04:34
  4. The Last Bright Light 09:16
  5. Above the Blue 05:58
  6. Nowhere to Hide 04:26
  7. Broken Glass 03:45
  8. Never the Rainbow 06:59
  9. Pocket Watch 05:23
  10. tearing at the Faerytale 07:40
  11. Carpe Diem 08:5
  12. Heroes Never Die
TOTAL RUNNING TIME 77:17

MOSTLY AUTUMN

Royaume-Uni Origine
Progressive Genre
1998 Formation
MySpace











Disco
The Spirit of Autumn Past (1999)
For All We Shared (1999)
The Lord of the Rings (2001)
The Last Bright Light (2001)
Passangers (2003)
Storms Over Still Water (2005)
Storms Over London (2006/Live)
Heart Full of Sky (2007)
Glass Shadows (2008)
Live 2009 (2009/Live)

OSI

USA Origine
Progressive Metal Genre
2002 Formation
MySpace





Disco
Office of Strategic Influence (2003)
Free (2006)
Re : Free (2006/EP)
Blood (2009)



LA CAVE DE CHILDERIC THOR : AGITATION FREE - 2nd (1973)

Spalax Music - 9/10 - MySpace

Rarement un groupe n’aura aussi bien justifié son nom, un nom qui résonne comme une profession de foi : celle d’agiter, de secouer le rock dans un esprit de liberté débridée. Si, contrairement à Klaus Schulze, Tangerine Dream, Amon Düül ou Ash Ra Tempel, Agitation Free est aujourd’hui un peu tombé au fond d’une oubliette, il n’en demeure pas moins qu’à l’époque – la première moitié des années 70 – le groupe se veut alors le point de convergence, dans l’antre des Beat Studios animé par le gourou Thomas Kessler, de toute la scène planante allemande. On y retrouve notamment l’organiste Michael Hoenig, que l’on croisera plus tard aux côtés de Schulze ou de Manuel Göttsching, ainsi que le guitariste Lutz Ulbrich, un fidèle de ce dernier au sein de l’aventure Ash Ra Tempel.

Après le chef-d’œuvre de l’avant-garde qu’est Malesh, publié fin 72, le groupe revient quelques mois plus tard avec une seconde cuvée, petit joyau de psychédélisme, à la fois aérien (l’immense diptyque « Laila ») et expérimental (les bruitages étranges émaillant « Dialogue & Random »). Sur un substrat essentiellement instrumental – seul « A Quiet Walk » et surtout « Haunted Island » sont colorés de lignes vocales -, parfois aux confins du jazz rock (pour la rythmique éprise de transgressions), 2nd devrait faire jouir tous les amateurs et les nostalgiques de cette patine seventies inimitable (mâtin, ce son d’orgue !) et malheureusement révolue qui, loin de le recouvrir d’une couche de désuétude lui confère un charme rafraîchissant.

Et surtout, il y a ce sentiment de liberté, qui tient presque d’une forme de naïveté, irriguant ces morceaux, tous pourvus d’une durée conséquente, qui ont parfois des allures de jams. Aucune barrière, aucun carcan, aucun corset ne viennent jamais enfermer la musique dans une case bien délimitée, bien définie. Ainsi, ne trouve-t-on pas du bouzouki sur un titre (l’arabisant « A Quiet Walk ») ?

Virtuoses, les musiciens ne peuvent renier leur maîtrise, témoin ce véritable tonnerre de guitares et de synthétiseurs. Mais comme toujours à l’époque, elle est un outil plus qu’une fin en soi, au service de chansons qui peuvent se draper à l’occasion d’un voile émotionnel, à l’image du bouleversant « Haunted Island », dont le mellotron vous assurera une belle érection, œuvre étonnement sombre, même si cette noirceur ne saurait surprendre car les paroles sont inspirées d’un texte d’Edgar Poe, écrivain pas vraiment réputé pour sa joie de vivre.

Voilà donc une des pierres angulaires du rock planant allemand des années 70 qui mérite d’être (re)découverte d’urgence ! (cT2008)

TRACKLISTING
  1. First Communication 08.10
  2. Dialogue & Random 01.51
  3. Laila, Part 1 01.41
  4. Laila, Part 2 06.47
  5. In The Silence Of The Morning Sunrise 06.33
  6. A Quiet Walk 09.15
  7. Haunted Island 07.11
TOTAL RUNNING TIME 41.31

AGITATION FREE

Allemagne Origine
Progressive Genre
1967 Formation
MySpace






Disco
Malesch (1972)
2nd (1973)
Last (1976)
Fragments (1995/Live)
At the Cliffs of River Rhine (1998)
River of Return (1999)


MAKAJODAMA - Makajodama (2009)

The Lasers Edge - 8.5/10 - MySpace

Le rock progressif, c’est quoi ? Des matheux sortis de l’école de musique et alignant les plans comme la rue Saint Denis les femmes de petite vertue ? Ou bien est-ce plutôt des musiciens épris de liberté artistique cherchant à repousser des limites ?

Makajodama a clairement choisi son camp : le second. Et ils ont raison, ces Suédois. Leur premier opus s’impose d’entrée comme une pistes de décollage foisonnante qui convoque - un peu trop peut-être toutefois - le spectre du grand King Crimson, aussi bien pour ces lignes de violon parfois à la limite de la rupture, celles de Karin Larsdotter, qui nous font penser à celles de David Cross sur Larks Tongue In Aspic, mais aussi pour cette espèce de folie bizarre qui finit par contaminer l’ensemble (le « The Ayuryedic Soap » qui semble tout droit sorti du cerveau tourmenté de Robert Fripp). De même, Yes n’est parfois pas loin (« Buddha And The Camel »).

Mais ce n’est pas tout, le groupe cite aussi bien des références jazzy (la basse lors des premières mesures de « Reador Felgen Blues ») ou le pots rock de Godspeed You Black Emperor. Le canevas entièrement instrumnetal ainsi qu’une certaine mélancolie vaporeuse participent d’ailleurs de ce dernier arrimage. Bref, Makajodama mélange les genres avec panache, brio et une insolente réussite.

Cet album est un enchantement de tous les instants. Préférant généralement les longs développements, le groupe peut aussi écrire une perle folk de deux minutes (« Wolof ») ou un court morceau jazz façon San Francisco qui n’avance jamais droit, souligné par un saxo seventies (« Vallingby Revisited »). Surtout, les Suédois ne ressentent jamais le besoin d’en mettre plein la vue avec une virtuosité qui serait aussi stérile que gratuite.

Dignes héritiers du Roi Cramoisi, ils n’oublient pas d’ouvrir les vannes d’une émotion bouleversante. On pense notamment au désenchanté « The Train Of Thought » », superbe pièce aux multiples couches et sans doute l’un des Everest du disque. Chaque titre témoigne d’un véritable travail d’orfèvre entre liberté d’écriture et cohésion dans la progression d’une architecture, à l’image du grandiose «  The Girls At The Marches », long voyage riche en couleurs mais toujours maintenu par une main ferme. La musique classique contemporaine aussi les inspire, comme l’illustre le baroque « Autumn Suite ».

Certainement un des meilleurs albums de rock progressif publiés ces dernières années. Tout simplement. A découvrir d’urgence ! (cT2010)


TRACKLISTING
  1. Reodor Felgen Blues 10:15
  2. Buddha and the Camel 09:25
  3. Wolof 02:31
  4. The Train of Thought 06:58
  5. The Ayuryedic Soap 07:42
  6. Vällingby Revisited 03:00
  7. The Girls at the Marches 08:16
  8. Autumn Suite 08:29
TOTAL RUNNING TIME 56:51

Blog Archive

Chroniques à venir :
The Dreamside - Lunar Nature, Ayin Aleph - II, Antrabata - Dark & Bright, Brainstorm - Just High No Lows, Klaus Schulze - La vie électronique 4, Losing Scarlet - Losing Scarlet, Be'lakor - Stone's reach, The Last Embrace - Aerial, Makajodama - S/T, Caprice - Six Secret Words, Dark Sanctuary - S/T, Wedingtoh - Candlelight, Charred Walls Of The Damned - S/T ...
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