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BEHERIT - ENGRAM (2009)










Depuis l'annonce du retour depuis la tombe du gros vilain Beherit, tous se demandaient lequel de ses deux visages il allait désormais afficher. Est-ce le Beherit bestial et sale comme le sang des menstrues de Black Oak Blood ? Ou bien le Beherit expérimental et electro de Electronic Doom Synthesis qui constitua en 1995 le testament des Finlandais ?
Et bien ni l'un ni l'autre en fait. Ou sans doute un peu des deux. Tel un Janus de l'extrême, Engram présente deux faces. Mieux produit que lors de ses vertes années, bien que les guitares trempent toujours dans une rouille corrosive tandis que les voix de gargouilles crachent leur venin, le groupe oscille entre un black cru et primitif dont il a le secret ("Destroyer Of Thousand Worlds", "All In Satan"), par le biais de saillies intenses et courtes comme un viol sauvage, exaltant les forces des ténèbres et enclumes implacables aux confins du doom où le trio imprime un rythme lancinant et plombé. Le format est alors plus long, entre quatre et quinze minutes.
Les ayatollahs restés prisonniers du début des années 90 argueront que Beherit s'est assagi, s'est ramolli du zizi. Certes, il sonne moins bordélique qu'autrefois. Son passage au sein de l'univers de la dark ambient a ainsi laissé ses stigmates.
Pour autant, Engram suinte un fluide evil et visqueux absolu. Je parlerai donc davantage de maturité pour qualifier une oeuvre tout sauf sage. Moins brutale sans doute mais plus vicieuse. Elle préfère la reptation anale et insidieuse plutôt que la pénétration classique, comme en témoigne le terrassant "Ario Heroine", entame sulfureuse qui débute par un mid-tempo pétrifiée avant de s'emballer tel que une machine de guerre, avant que le groupe ne se lance dans une décélération vertigineuse. Témoin également le gigantesque "Pagan Moon", lente complainte agonisante où le chant sonne comme des invocations païennes, cependant que l'infernal "Pimeyden henki" redonne son vrai sens au mot "occulte". En cinq petites minutes, Beherit renvoie à leurs chères études tous ces clowns adorateurs du Grand Bouc. Ce titre, plus proche du rituel shamanique que du pur black metal et ce, en dépit des accélérations fielleuses qui le percent, confine à une sorte de transe hypnotique et invertie d'où ruissellent des vibrations noires et malfaisantes.
Même une agression telle que "Duet My Blood", se pare d'une dimension véritablement malsaine. Le chant éraillé, mangé par une lèpre au goût de stupre est pour beaucoup dans ce sentiment occulte qui gangrène tout l'album et qui culmine lors du crépusculaire "Demon Advance", longue descente à la mine de plus d'un quart d'heure qui fleurte par moment avec l'ambient (les dernières mesures) et plus encore avec un funeral doom sentencieux et suffocant. Au rythme de martèlements mortifères, la plainte progresse telle une marche vers l'indicible. Cérémonie incantatoire, les ambiances y sont sépulcrales bien qu'envoûtantes et Beherit au sommet d'un art sinistre dont il est le funeste porte-étendard.
Engram est une allumette brûlante prête à mettre le feu aux églises. Un retour inespéré. (CT)

 Black Metal

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